MERCREDI 28 SEPTEMBRE : JOUR D’ADIEU

La veille, la décision était déjà prise pour l’enterrement du Père Théophile et de la Sœur Espérance. Tôt le matin de ce mercredi 28 septembre, une équipe des sœurs carmélites missionnaires thérésiennes et des pères et frères carmes se rend à la morgue pour les préparatifs en vue du lever des corps prévu pour 8h30. Le Père Ange, son efficacité a été sans pareil dans les démarches administratives, il a obtenu tous les documents nécessaires pour l’inhumation de nos frères et de notre sœur. Le Père Michel, très ému, accepte d’assurer les messes journalières à la paroisse de Cimpunda, dans la solitude et dans la prière. Le Père Etienne assure les célébrations du couvent Saint Jean de la Croix et continue a superviser les travaux de construction des caveaux.. Le Père Olivier devance l’aurore et se rend à AMSAR, lieu de l’accident, pour s’enquérir des nouvelles auprès des patrouilleurs du Lac Kivu, commissionnés pour le besoin de la cause. Le compte rendu est désolant : Rien du tout. Ils ont passé toute la nuit sans retrouver un corps flottant sur le Lac. Sur le chemin du retour, un coup de téléphone venant d’un des patrouilleurs. Au bout du fil, une voix pleine d’émotion : « Père, la dépouille de Patrick vient de surgir de l’eau tout de suite!». Il est 7h30, au lever du Soleil, la dépouille de Patrick s’est levé des eaux. Sans tarder, le Père Olivier rebrousse chemin et téléphone à l’équipe qui était déjà dans la morgue. Vite, une équipe des secouristes de la croix Rouge du Congo et des religieuses infirmières carmélites Delphine et Gertrude se rendent sur le lieu pour le constat afin décider si l’état du corps permet l’enterrement immédiat ou non.

Dieu merci, l’équipe est rapide. Elle ramène la dépouille du frère Patrick à la morgue, fait le nettoyage et l’embaume. Quel soulagement pour la foule ! Ouf ! Enfin, les trois victimes auront la même célébration des funérailles. C’était le souhait de tous ! L’abbé aumônier de l’hôpital préside la cérémonie de la mise en bière. Le cortège s’aligne. On prend la direction de la cathédrale Notre Dame de la Paix de Bukavu. Devant la cathédrale, Monseigneur l’archevêque de Bukavu entouré d’un grand nombre des prêtres de Bukavu et de ceux venus des régions environnantes attendent dans le recueillement et la prière les trois cercueils. Après un bref mot d’accueil, c’est la longue procession d’entrée. Quelle émotion à l’intérieur de la cathédrale! Personne n’a retenu ses larmes.

Le Père Joachim, prend la parole pour relater brièvement les circonstances de l’accident avant d’inviter Monseigneur l’archevêque de Bukavu à présider la messe des funérailles. Les lectures retenues pour cette célébration sont profondes et significatives pour l’événement. La première lecture, tirée de la lettre aux Romains exhortait : « Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même et personne ne meurt pour soi-même…Dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Christ ». L’évangile, lui, parlait de la mort de Jésus selon l’évangile de Saint Luc : « C’était presque déjà midi…le soleil était disparu…le voile du temple se déchira par le milieu… Jésus poussa un grand cri…le centurion rendait gloire à Dieu… les gens s’étaient rassemblés pour voir et s’en retournaient en se frappant la poitrine… ». Dans sa brève homélie, l’archevêque de Bukavu est revenu sur ces lectures et a invité chacun à réfléchir, à prier et à prendre de décisions qui s’imposent pour sa propre vie. C’était aussi pour lui l’occasion de remercier toutes les autorités et toutes les personnes de bonne volonté ainsi que tous les chrétiens de Bukavu pour avoir soutenus et assistés l’Eglise de Bukavu en cet instant douloureux. Après la communion, la provinciale des carmélites missionnaires thérésiennes, la Soeur Beata Kayitesi était la première à prendre la parole pour retracer brièvement la vie de la sœur Espérance et remercier l’assemblée et les autorités pour leur marque d’affection. Le second à prendre la parole, c’était le Père Roger Tshimanga, premier conseiller de la délégation des carmes du Congo, venu précipitamment de Kinshasa accompagné du Père Joseph Kayembe qui a interrompu son temps des vacances. Avec une voix remplie d’émotion, le Père Roger a lu les deux biographies écrites par les défunts eux-mêmes et a remercié les autorités tant civiles que militaires pour leurs assistance tout en leur lançant l’appel à doter la ville de Bukavu des équipements de sauvetage pour les interventions rapides lors des noyages dans le lac. Les chrétiens de Bukavu et les familles religieuses n’ont pas été oubliés dans son mot de remerciement. Le troisième à prendre la parole, c’était le Père Apollinaire Cishugi, missionnaire d’Afrique et recteur du philosophat Isidore Bakanja où enseignait le Père Théophile et où étudiait le frère Patrick. Lui a relevé les qualités des défunts et leurs apports pour la bonne marche du philosophat. C’est à la suite de ces mots qu’est intervenu les absoutes, moment de grandes émotions. Après les absoutes, la famille carmélitaine a entouré les trois cercueils pour chanter le FLOS CARMELI… Un chant solennel à la Vierge Marie, Reine et Beauté du Carmel. C’est à 13heures 30’ qu’a pris fin la messe des funérailles. A la sortie, le cortège ayant les trois cercueils s’est dirigé vers le philosophat de Rizizi pour une brève séance académique prévue par les collègues professeurs du regretté Père Théophile. Un autre cortège a devancé directement vers le couvent Saint Jean de la Croix, lieu de l’inhumation. 15 heures : arrivée des dépouilles au couvent des carmes où l’archevêque de Bukavu a procédé à la bénédiction du tout nouveau cimetière. L’inhumation, elle, est intervenue à 16 heures locales après quelques paroles d’adieu des parents des défunts. Pour boucler la boucle, un verre d’amitié et de fraternité a été offert à l’assemblée, une manière de dire merci à celles et ceux qui étaient avec la famille carmélitaine de Goma et de Bukavu depuis le dimanche 25 septembre. Que tous les héros dans l’ombre avec leurs divers services discrets mais efficaces sachent que le Seigneur leur rendra le centuple ! A tous et à chacun : MERCI BEAUCOUP POUR TOUT !