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Célébration des Obsèques du Père Michel-Marie de Goedt - Introduction - Frères et sœurs, C’est avec une grande émotion que je préside cette célébration au nom de notre frère Olivier-Marie, provincial qui est actuellement en visite pastorale à Bagdad et à Beyrouth, et qui est en profonde communion avec nous en ce moment.
Nous voici donc, rassemblés dans cette chapelle du couvent de Lille pour accompagner notre frère Michel-Marie de la Croix, Michel de Goedt, dans son dernier voyage. Michel est né le 11 octobre 1924, à Mons en Baroeul Après avoir lu la Vida de notre Mère Sainte Thérèse de Jésus - comme il aimait à l’appeler - il entre au postulat des Carmes Déchaux de la Province de Paris, à Avon, le 22 septembre 1941 et reçoit l’habit le 2 octobre. Durant sa première formation, il rencontre le Père Jacques de Jésus. Il prononce ces premiers vœux le 3 octobre 1942 et fait profession solennelle le 14 juillet 1946. Il part faire des études au Teresianum de Rome, de 1947 à 1951 et obtient une licence en théologie C’est là qu’il est ordonné prêtre le 25 avril 1949. C’est à Rome qu’il bénit le mariage de sa sœur Josette avec Jean-Claude Montaigne. Il est conventuel à Avon, de 1951 à 1954, puis à Lille de 1954 à 1957. Il suit des cours à Louvain et obtient une licence en histoire et philologie orientales. Il revient à Avon de 1957 à 1960 et enseigne l’Écriture Sainte aux étudiants carmes. Profondément touché par le mystère de peuple juif, il pense s’orienter vers la congrégation des Pères de Sion et y fait un essai de 1960 à 1962. Revenant dans la Province en 1962, il est conventuel à Avon jusqu’en 1969. Il part ensuite en Terre Sainte, où il réside au couvent d’Haïfa, Stella Maris, durant 11 ans. Il revient à Paris en 1980 et est élu Provincial pour trois ans, au chapitre de 1981. Il s’investit dans la préparation du Chapitre Provincial de 1984 et motive les frères pour ce travail qui aboutit à une profonde restructuration de notre Province. Il réside alors à Paris et y demeure jusqu’en 1991. Peu après son retour en France, il a – selon sa propre expression – « la grâce d’accompagner la fin de vie de la mère de son beau-frère, chrétienne d’origine juive, qui a voulu mourir en juive parce qu’elle était foncièrement juive. » La vie fraternelle en communauté s’écoule avec ses joies et ses difficultés mais elle s’avère trop exigeante et trop difficile pour la sensibilité à fleur de peau de Michel. Une séparation douloureuse mais nécessaire à lieu. De 1992 à 1995, il est aumônier d’une communauté de religieuse à Chevilly-Larue. Puis en 1995, il est fraternellement accueilli par la communauté de Chèvremont en Belgique, où ces dernières années, il a pu aider les étudiants venus du Congo dans la rédaction de leurs travaux universitaires. C’est là-bas que la maladie l’a rejoint. Son état s’est brusquement aggravé à la fin de l’année 2008. Le 15 janvier, le Provincial de Paris, frère Olivier-Marie va le chercher et le conduit à l’unité de soins palliatifs des sœurs oblates de l’Eucharistie de Frelinghien, où il s’est éteint paisiblement le mardi 3 février en fin d’après-midi.
Michel-Marie nous laisse de nombreux écrits, fruits de sa constante recherche théologique, biblique et spirituelle. Pensons tout particulièrement à ses deux ouvrages sur la christologie d’une part de sainte Thérèse de Jésus, d’autre part de saint Jean de la Croix dans lesquels avec finesse, rigueur et pertinence il nous entraîne au cœur de leur expérience et de leur doctrine. Dans une note, il indique lui-même les principaux axes de sa recherche : - Dieu se dit et se communique en et par Jésus-Christ. Dépassement de l’opposition stérile entre théocentrisme et christocentrisme. - La science à laquelle Dieu nous donne part dans le mystère de la Croix glorieuse (référence primordiale à Edith Stein). - Marie, Mère de l’Église. Elle est déclarée et faite Mère de l’Église par Jésus en croix. 50 ans de relations avec les Juifs ont occasionné et motivé une recherche théologique et historique sur le statut théologique des Juifs : - Sont-ils “encore” concernés par l’appel premier qu’ont entendu leurs Pères, Abraham, Isaac et Jacob ? - Sont-ils encore héritiers des promesses faites à ceux-ci ? Forment-ils un peuple de Dieu à côté du Peuple de Dieu qu’est l’Église ? - Quelle parole théologique est-il possible de balbutier au sujet de la shoah ? Cette recherche a porté fruit. Michel-Marie reçoit le Prix de l’amitié judéo-chrétienne de France, le 14 novembre 2005, à l’espace Bernanos. En mars, la revue Sens avait publié un numéro intitulé « théologie chrétienne après Auschwitz, méditations du Père Michel de Goedt. Numéro magnifiquement introduit par le Grand Rabbin Gilles Berheim qui a été intronisé le 1er février 2009, Grand Rabbin de France. Permettez-moi de lire le message qu’il a adressé à notre Province : L’affreuse nouvelle du décès du Père Michel de Goedt m’est arrivée ce matin. J’aimais beaucoup le Père de Goedt. J’avais exprimé mon attachement à sa pensée et à sa personne dans la revue Sens
et lors de sa remise de prix de l’Amitié judéo-chrétienne de France. Je voulais seulement vous dire que je suis bouleversé et que je prends part, du fond du cœur, à votre peine. Croyez, Mon Père, à ma très profonde sympathie. Gilles Bernheim Grand Rabbin de France
Lors de la réception du prix des amitiés judéo-chrétienne de France, Michel-Marie concluait son témoignage par ces mots : « Quelle joie incomparable a été pour moi d’entendre par la grâce de l’amitié les paroles de l’Alliance me parvenir dans la lumière d’un lien noué par Dieu même, que son Nom soit béni ! » De retour d’un pèlerinage à Birkenau, Michel-Marie a écrit un poème qu’il m’avait envoyé avec ces quelques mots : « Voici un petit poème, non pas "sur" Birkenau, mais qui "vient de" Birkenau. Poème écrit en tremblant, très modeste poème, mais qui vient du cœur, du cœur d'un pèlerin qui n'est jamais revenu de son "pèlerinage. » Birkenau, soixante ans déjà ... Incertains sont tes pais... Et certains sont tes cris Qui montent de ces cendres Mêlées à la cendrée Du chemin de la mort Que tu foules, tremblant, Sur ce plateau si nu De Birkenau Des centaines de mètres Parcourus en silence Le regard assombri Par ce peu de fumée Qui semble encore montée De ces cheminées, seul Reste de baraques Où la mort a régné, Ogresse de l'enfer. Homme, laisseras-tu enfin S’inscrire en ta mémoire Ceux que Dieu lui confie En la ténèbre où Il se cache, Silence si pesant, Ou bien parole faite Pour être dite un jour Après le désespoir Où Il s'est tu. (Michel Marie de Goedt, 27 janvier 2005.) Beaucoup d’amis juifs et chrétiens sont unis à notre célébration, particulièrement les membres des Amitiés Judéo-chrétiennes de France, représentée ici par Mme Danielle Delmaire. Mentionnons également les diverses communautés de nos sœurs carmélites, qui nous ont écrit leur profonde communion, Mgr Guy Gaucher, le Père François-Marie Léthel et bien d’autres. C’est toute cette vie de Michel-Marie de la Croix, tissée d’ombre et de lumière, de peine et de joie, d’incompréhension et de profonde communion ; cette vie donnée au sein de l’Ordre du Carmel dans la Province de Paris, cette vie d’écoute de la Parole et de dialogue avec nos frères aînés dans la foi que nous présentons maintenant à Dieu. Dans l’action de grâce et dans l’appel à sa miséricorde. Fr. Didier-Marie GOLAY ocd
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