Le Centre de spiritualité Theresianum

(Le Centre de spiritualité Theresianum des Pères Carmes Déchaux du Cogno Kinshasa est une oeuvre qui a été voulue par l'ordinaire du Lieu, Son Emminence, le Cardinal Joseph MALULA. Il avait demandé aux Carmes, comme une condition pour fonder dans son Diocèse, de construire un institut, mieux un centre de spiritualité afin d'encadrer ses Filles et fils vivant au Pays. Ce que les Carmes ont fait de bon coeur car, tout a abouti comme l'avait bien souhaité Son Emminence, le Cardinal. Ce faisant, cette oeuvre est énormément liée à lui. Raison pour laquelle, prennant conscience de cette relation, les carmes ont voulu faire une sorte de bilan, de l'évolution de leur oeuvre, dix ans après sa mort.
C'est ce bilan que le Père Sylvain MUTOKE, Chroniqueur d'alors, présente à travers cet article qui, non seulement nous raconte la bonne relation qui a existé entre les fondateurs et l'Ordinaire, mais aussi nous met au courant de différentes réalisations depuis sa fondation, les enjeux et les défis qu'ils ont pus éprouver durant tout ce temps).
Frère Marie-Paul

Dix ans après le Cardinal MALULA. Le Centre Theresianum de Kinshasa

Le temps passe vite et le présent devient immédiatement un passé dont seul demeure l'empreinte d'un vague souvenir qui, peu à peu, diminue jusqu'à presque disparaître. C'est pourquoi, nous tentons, en tant qu'êtres humains, d'aider la mémoire personnelle et collective à mieux transmettre et actualiser les événements et expériences qui ont marqué l'existence des individus et des groupes…

Lundi, le 14 juin 1999, évoque pour la dixième année, l'heure de la séparation et des adieux terrestres, l'heure où le peuple kinois a été contraint à renoncer jusqu'à garder visible le corps du Cardinal Joseph Albert Malula, « Père de l'Eglise de Kinshasa ». Fort heureusement, les liens spirituels demeurent et méritent d'être entretenus.
De tous les hommages qui ont été rendus à ce « Père de l'Eglise d'Afrique », selon l'expression d'Engelbert Mveng, aucun ne saurait égaler l'édition de ses Oeuvres Complètes par le Centre des Archives Ecclésiastiques Abbé Stephano Kaozé- C.A.E.K, des Facultés Catholiques de Kinshasa, 1997. Pour les apprécier à leur juste valeur, il conviendra d'écouter Son Eminence le Cardinal Frédéric Etsou, Archevêque de Kinshasa. « En reconnaissant officiellement au Cardinal Malula le titre de Père de l'Eglise de Kinshasa, a-t-il déclaré, nous voulons non seulement lui rendre un hommage mérité, mais souligner le rôle normatif que nous attribuons à ses écrits. »

Cependant, il y a encore des hommages à rendre. Mettre sous un même rapport Joseph Albert Malula et une oeuvre missionnaire carmélitaine s'inscrit dans ce cadre. Il aura été, non seulement un Père bienveillant, pour le Carmel, mais un ami par son intériorité. Léon de Saint Moulin ne croyait pas dire mieux, quand il souligne « qu'une des premières décisions épiscopales auxquelles il fut associé fut en 1962 celle d'accueillir à Kinshasa l'implantation d'un Carmel de religieuses contemplatives. Et qu'une de ses dernières activités fut de préparer et de donner la leçon inaugurale de l'Institut de spiritualité Theresianum des Pères Carmes le 15 octobre 1988, sur Prière et vie apostolique d'après Sainte Thérèse d'Avila ». Il importera de reculer de deux ans, pour mieux mesurer ce dernier geste évoqué qui n'est que l'aboutissement d'une vieille relation avec les Carmes de Kintambo. Une homélie du 15 octobre 1986, parue dans Vie Pastorale et oubliée dans les oeuvres complètes actuelles, nous stimule à ce geste supplémentaire de vénération. Ce texte est à relire conjointement à celui du 14 octobre 1988, sans oublier la correspondance officielle du 24 avril 1980 et tant d'autres que renferment nos archives. Dès lors l'opportunité d'un hommage particulier du Theresianum de Kinshasa, cette oeuvre qu'il a tant estimée, de son vivant, à côté des oeuvres diocésaines, n'en souffrira pas. On découvrira, non seulement comment est né le centre Theresianum de Kintambo, mais aussi les intuitions du « maître spirituel » et surtout le rôle joué par « l' Evêque africain ». Précisions sera ainsi faite sur les tâches qui nous attendent en signe d'hommage supplémentaire plus digne de lui.

Le centre « Theresianum », fondé par les Pères Carmes, il y a plus de dix ans, se situe à Kintambo-Jamaïque, sur l'avenue des Moineaux, derrière le Centre Nganda et le séminaire de philosophie Saint André Kaggwa. Il est connu surtout par ses colloques, qui se tiennent chaque deux ans, depuis 1992. Son Eminence le Cardinal Frédéric Etsou n'a cessé d'y prendre part, en proposant ses réflexions conformément à la thématique du jour. Plusieurs fois, on a peut-être eu la chance d'y suivre une session de formation, un séminaire ou une retraite spirituelle. Il aura été, enfin, pour d'autres personnes exceptionnellement, passé un cadre de repos. Cette oeuvre a été conçue en 1982, à l'occasion des célébrations du quatrième centenaire de la mort de Sainte Thérèse. Ce jubilé coïncidait d'ailleurs avec le quatrième centenaire de l'expédition des premiers Missionnaires Carmes pour l'Afrique, en 1582, du vivant même et sous l'impulsion personnelle de la sainte. Le Royaume Kongo aura été la destination (Cf.François Bontinck, Zaïre-Afrique, n° 262, février 1992). C'est dire que le Theresianum de Kinshasa est essentiellement une oeuvre de fidélité et de vénération de la part de ses Fils pour leur Mère Fondatrice. Le nom de Joseph-Albert Malula, archevêque de Kinshasa est lié intimement à son histoire. Fonder cette œuvre d'évangélisation fut la condition qu'il avait posée pour accueillir les Carmes à Kinshasa.

On le voit déjà dans sa lettre du 24 avril 1980, adressée au Supérieur Général de l'Ordre. Cette consigne, parfaitement conforme à la tradition apostolique de l'Ordre, se confirmera deux ans plus tard. Ce fut le 29 novembre 1982 : bénédiction de la première pierre du Theresianum actuel. Au nom de l'Archevêque empêché. Son Exc. Mgr Tharcisse Tshibangu, évêque auxiliaire de ce temps, déclara : « L'érection de la maison qu'on est en train de construire sur cette colline de Kintambo- Kinshasa constitue pour la famille du Carmel une des oeuvres les plus importantes de la célébration du centenaire de la mort de sainte Thérèse d'Avila. Pour l'Eglise de Kinshasa, du Zaïre et de l'Afrique, ce qui est d'un intérêt plus large, c'est le projet d'établissement et d'organisation de l'Institut d'Etudes spirituelles. Ce projet est d'extrême importance en ce moment précis du développement et de l'épanouissement de l'Eglise d'Afrique Dans l'Eglise et en religion tout court, tout commence et tout s'achève par la spiritualité(...) Nous avons le ferme espoir que le « Theresianum» qui se fonde ici, s'organisera comme une institution solide, bien outillé en hommes et en équipement scientifique, qui promouvra une grande recherche spirituelle et rayonnera profondément par son enseignement et par ses inspirations sur notre diocèse de Kinshasa et au-delà sur toute l'Afrique. » D'un simple souhait et espoir, la consigne se précisera comme un mandat de l'Eglise locale en octobre 1986. On ne trouvera pas ce texte dans les Oeuvres Complètes. Il sera intéressant de relire l'homélie soigneusement publiée dans la Vie Pastorale de décembre 1986.

Le 14 octobre 1986, jour de la bénédiction de la Chapelle et des locaux. Feu Cardinal Malula présida l'eucharistie. L'homélie dont il est question, comporte deux axes majeurs. L'éloge de Sainte Thérèse et l'opportunité de sa doctrine pour orienter la prière et les rapports de l'homme d'aujourd'hui avec Dieu ne lui avait pas suffit. Il a jugé bon de préciser, ensuite, ses intuitions et son programme sur le centre Theresianum: « Votre Centre de Spiritualité naît à un moment opportun pour notre Eglise locale. Il naît à l'heure de l'inculturation. L'adaptation de votre spiritualité se fera moyennant un travail lent et difficile, soit parce qu'il faut rompre l'équilibre précédent tout en gardant l'esprit des Fondateurs, soit parce qu'il faut affronter les réalités de la culture locale avec ses catégories que vous aurez à approfondir avec le temps».

L'écoute de l'Esprit qui souffle comme (et quand) il veut ainsi que la collaboration avec l'Eglise locale, voilà les derniers mots que le « Père de l'Eglise de Kinshasa » adressa aux Carmes. Ces paroles lumineuses ont-elles éclairé la gestation ultérieure du Theresianum ? On le verra bien. Commençons par souligner, deux ans plus tard, la joie du « Fondateur d'Eglise de Kinshasa » à l'ouverture du Centre Theresianum des Pères Carmes.

« Amie des livres » et des « bons théologiens » (buenos letrados). Sainte Thérèse a été honorée à Kinshasa. En sa fête du 15 octobre 1988, le Centre Theresianum a été inauguré par le Cardinal Joseph Albert Malula. Comblé comme tout, au soir de sa vie. Son Eminence a d'abord défini clairement l'objectif majeur du centre, avant de prononcer sa Leçon inaugurale. « Nous interroger en ce moment précis de l'histoire de notre Eglise sur les problèmes de la spiritualité en Afrique n'est pas seulement une bonne question; c'est une qustion importante, vitale, existentielle. Nous savons en effet que les questions spirituelles sont intimement et nécessairement unies à l'appel à la sainteté que Dieu adresse à tous les hommes. » (cf. Servitium Informativum Carmelitanum- S.I.C. 1988). C'est après ces paroles qu'il prononcera la leçon inaugurale : Prière et vie apostolique d'après Sainte Thérèse d'Avila, retenue dans les Oeuvres Complètes. Les saints du Carmel (Jean de la Croix et Elisabeth de la Trinité) sont revenus plusieurs fois sur la plume et les lèvres de celui qui a été inspiré à placer sa Congrégation féminine sous le Haut patronage de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Ses fils et ses filles lui auront rendu hommage, toutes les fois qu'ils ont apporté leur contribution aux rencontres spirituelles duTheresianum.

Eu égard à ce qui précède, il nous est permis d'affirmer que l'illustre disparu fut « ami spirituel du Carmel ». L'un de ses fils, Matthieu Musua, a bien parlé, quand il le désigne comme « Un maître spirituel pour notre temps ». Les Pères Carmes ont exprimé leur reconnaissance au Cardinal Malula, de son vivant. Sa présence manifestait, à chaque occasion, sa sollicitude, son intérêt et sa bienveillance paternelle à l'égard des projets du Carmel thérésien en Afrique. Dès « le moment où Son Eminence nous a autorisé à ouvrir une maison à Kinshasa, écrivait le Supérieur Général, dans sa lettre du 15 octobre 1986 : le Carmel Thérésien a assumé la responsabilité de servir l'église zaïroise d'une manière toute particulière dans le domaine de la spiritualité (...). Plus que jamais, la spiritualité comme vision et interprétation de l'homme à la lumière de la Révélation et de l'expérience chrétienne, poursuit-il, est nécessaire dans la jeune église zaïroise dans l'intégralité de ses valeurs et de remplir sa mission particulière importante dans l'Eglise africaine toute entière ». Le Centre Theresianum restera l'expression concrète et visible de cette entreprise. Le Carmel thérésien a donc exprimé sa ferme volonté et le propos de transformer ce Centre en un véritable lieu de formation spirituelle au service de l'église congolaise.

Nous sommes tout à fait d'accord avec le Père Jésuites Vata : « la seule façon pour nous d'honorer la mémoire du cardinal Malula, c'est de sacrifier nos intérêts égoïstes à l'autel du bien commun, afin de bâtir une nation forte et prospère où il fera bon vivre pour tous(...); c'est aussi de nous efforcer d'être des hommes de devoir, qui visent toujours le meilleur et évitent la médiocrité dans leur travail, leur vocation particulière et leur vie personnelle; et c'est enfin d'aimer et de défendre cette Eglise au service de laquelle il a consacré toute sa vie apostolique».

Dix ans après le départ du Cardinal Malula, on peut affirmer que le pari est gagné, bien que partiellement. Jean-Baptiste Malenge en est témoin : « Le Centre de Spiritualité Theresianum des Pères Carmes, écrit-il, a organisé, du 10 au 12 janvier 1994, son deuxième colloque international de spiritualité. Avec le thème : « prière chrétienne et spiritualité carmélitaine en Afrique », les organisateurs ont tenu à prolonger le premier colloque tenu en 1992 sur « Saint Jean de la Croix et la mystique en Afrique » (cf Renaître, n° 14-15, 15 août 1994, p.l 1). Sous les titres La mystique africaine et La prière africaine les actes de ces colloques ont paru aux éditions Baobab. Les deux derniers colloques internationaux ont porté sur : Thérèse de Lisieux et les missions. Mission et contemplation (1996) et, enfin, Inculturation de la vie consacrée en Afrique post-synodale à l'aube du troisième millénaire (1998). La bibliothèque renferme un fonds documentaire de 10000 (Bientôt le Cinquième colloque international « Le carmel face aux défis majeurs de la spiritualité en Afrique »). Le personnel est en préparation dans les universités d'Europe et d'Afrique. L'orientation à prendre sera anthropologique et spirituelle, respectant les exigences d'inculturation et de créativité. La « lutte pour le surgissement d'une Eglise authentiquement africaine et la lutte pour un Congo juste, humain et fraternel » ne pourra jamais aboutir sans intériorité. Conscients de leurs limites, les Carmes sentent le besoin de votre compréhension et de votre collaboration, pour faire marcher cette oeuvre d'Eglise .Ce sera là le véritable hommage à un maître spirituel pour notre temps, celui qui a encouragé et inauguré le Theresianum le 14 octobre 1988, avant de quitter définitivement cette terre le 14 juin 1989.

Père Sylvain Mutoke