ChroniqueDamaso Zuazua, ocd La phase de sa préparation s’étant étendue sur environ une année, le Congrès sur la formation OCD en Afrique francophone et dans les îles de l’Océan indien dépendant du Commissariat de Madagascar a effectivement commencé dans la matinée du lundi 06 septembre 2004. Parmi les participants, seuls les trois confrères de la R.D.C. n’ont pas pu arriver à temps. En comptant les deux conférenciers, les deux représentants du Centre de l’Ordre, et les deux provinciaux, 20 personnes étaient attendues pour la rencontre à notre scolasticat de Yaoundé-Nkolbisson (mission de la province de Milan) du dimanche 05 au samedi 11 septembre 2004. Thème généralL’intégration de la culture carmélitaine dans le processus de la formation initiale. ExposésSidbe Semporé, o.p., La rencontre de la culture africaine et la vie religieuse dans le contexte actuel. Luc-Marie Perrier, ocd, Pertinence d’une grille de formation et critères de son élaboration. IntervenantsLe père Sidbe Semporé est burkinabé, régional des dominicains de l’Afrique de l’Ouest, bibliste de formation, fondateur de la revue «Pentecôte d’Afrique», qui s’est par la suite dotée d’une collection, ainsi que tout récemment de la revue «Églises d’Afrique». Il réside actuellement à Abidjan. Il a à son compte 40 ans de vie religieuse, une longue expérience au sein de son Ordre, y compris dans la formation. Il a publié de nombreuses réflexions notamment dans le domaine sur lequel il nous a aidé à réfléchir: La rencontre de la culture africaine et la vie religieuse dans le contexte actuel. Il lui avait été demandé d’aborder des défis concrets que les formateurs rencontrent en ce domaine, notamment: * la conception de la personne comme tissu de relations face à la double appartenance à la famille naturelle et à la famille religieuse (retombée sur l’intégration du religieux aux deux milieux en interaction et le vécu concret des vœux); * famille éclatée et intégration communautaire; * l’obéissance responsable libérante et l’“autorité-service” par rapport à la vision africaine de l’autorité et de l’aîné; * le concept de communication personnelle (parole, palabre, oralité) et les modes de communication modernes dans la construction d’une communauté en communion; * les civilisations de gestion immédiate des besoins face aux exigences d’une gestion financière budgétisée; * la place du travail, y compris manuel, dans le vécu concret du vœu de pauvreté; * construire l’unité et la communion dans la pluralité dans un contexte de conflits interethniques et inter-raciaux, etc. Quant à la méthode, il a procédé en trois temps: exposé théorique + questions pour orienter le partage en groupes, puis mise en commun (mardi 7 septembre) + synthèse finale (mercredi 08 septembre). Le père Luc-Marie, de la province d’Avignon-Aquitaine, a oeuvré dans la formation d’abord à Toulouse au sein de sa province, puis en Centrafrique avec les missionnaires de la province de Gênes pendant deux ans; il a été nommé récemment supérieur de communauté au Sénégal où sa province tient une fondation depuis 2002. Il nous a aidé à réfléchir sur l’importance d’une grille de formation en mettant l’accent sur les critères de sa confection, notamment l’unité dans la formation et la gradualité du contenu proportionnellement aux différentes étapes qui structurent la formation initiale; donc, une question de clarté dans les objectifs, de méthode dans la confection et l’application de la grille de formation, de contenu précis et proportionnel à chaque étape. Participants
Lundi 06 septembreAprès le mot d’accueil du supérieur de la maison, le malgache p. Hermann, c’est le p. Définiteur qui a pris la parole pour remercier la Province de Milan pour nous avoir accueillis dans une maison qui offre un si beau cadre de séjour et de réflexion. Il n’a pas manqué de remercier respectivement les supérieurs provinciaux de Gênes et de Milan présents, le commissaire de Madagascar et des Iles de l’Océan Indien, les délégués provinciaux, les conférenciers, les participants, etc. Pour commencer les travaux, le message du P. Général adressé aux participants au dit congrès a été lu et brièvement commenté. Le Père Général y montre son vif regret de ne pas avoir pu être présent physiquement à cette rencontre. En même temps, il y offre des pistes concrètes pour orienter les échanges et les réflexions. On notera entre autres choses l’importance attachée au réalisme contextuel notamment à travers «un regard lucide sur la réalité africaine» pendant la formation. Ensuite, on a procédé à une brève présentation des instances de formation en Afrique et dans les Iles de l’Océan indien: 1) Madagascar; 2) République centrafricaine; 3)Burkina Faso - Côte d’Ivoire; 4) Cameroun; 5) Rwanda - Burundi; 6) Sénégal. Au rendez-vous manquaient encore les participants en provenance du Congo, qui ne devaient arriver qu’en début d’après-midi. Ensuite le p. Gérard Adaye Adou fut choisi pour assurer le secrétariat du Congrès tandis que le p. Dámaso Zuazua en rédigerait la chronique. Le p. A. M. Zacharie Igirukwayo a tenu sa conférence inaugurale en indiquant la méthodologie de travail, qui avait été déjà annoncée dans les circulaires de la préparation, en même temps qu’il considérait la tenue du congrès sur la formation en Afrique francophone et Madagascar (critère régional) comme une réalisation de l’un des souhaits explicite du document capitulaire du dernier Chapitre Général (numéro 93). Le thème général du Congrès est: L’intégration de la culture carmélitaine dans le processus de la formation des jeunes. Le fait de nous rencontrer par région, a-t-il dit, donne ra aussi la possibilité d’aborder le thème proposé dans la perspective d’une collaboration organique et efficace. Dans la mesure du possible, on verra comment en poser les jalons à travers l’une ou l’autre initiative au niveau de la formation. À ce sujet on est heureux de constater qu’il existe déjà une collaboration en personnel avec des confrères malgaches au Cameroun, d’un confrère congolais en République Centrafricaine, de deux novices en provenance du Cameroun au noviciat de Dédougou (Burkina Faso). Outre la contribution à la résolution de certains problèmes liés à la formation, une collaboration plus organique aiderait probablement à s’acheminer vers une conférence OCD pour l’Afrique francophone et les îles de l’Océan indien. Comme point concret dans le domaine de la collaboration, les supérieurs majeurs présents en ce congrès devraient étudier la question sur la publication et la diffusion de la littérature carmélitaine en Afrique; donc une collaboration concernant la recherche de plus d’accès au contenu doctrinal nécessaire pour la formation. C’est un travail visant à établir l’inventaire de la bibliographie existante déjà et à penser aux écrits que l’on pourrait traduire et publier en raison de l’intérêt qu’ils représentent pour la formation et dans l’univers spirituel. Il a proposé une pédagogie de la formation qui s’appuierait sur la clarté dans le choix du modèle théologique et anthropologique (le modèle christocentrique), et une méthode de travail au Congrès qui miserait sur le partage des expériences et de l’information pour rester proches de la réalité. Le travail du Congrès aura comme sources Perfectae Caritatis, Vita Consecrata et autres documents aussi bien du Saint-Siège que de l’Ordre. Il s’inscrira dans la ligne du Congrès international OCD sur la formation (Rome 1981), du Congrès OCD sur la Culture (Rome 1986), de la Ratio Institutionis OCD (1992), des Congrès internationaux des formateurs OCD tenus respectivement en Allemagne (1993) et au Liban (1999), sans oublier les rencontres et congrès précédents tenus en Afrique (Kinshasa 1985 et 1989, Butare 1993). Nous avons pu saluer les trois confrères arrivés de la République Démocratique du Congo (R.D.C.). Ensuite, nous avons suivi le premier exposé du P. Luc-Marie Perrier. Sa première conférence tenant lieu d’introduction à quatre autres qui devaient suivre avait comme titre Utilité d’une grille de cours et gradualité dans la formation initiale (période des vœux simples) de nos jeunes. Son exposé a été concret et fourni des orientations précises. Partant du principe énoncé dans la Ratio Institutionis (Une solide base humaine constitue le fondement de la croissance spirituelle: n° 39), le conférencier a montré la nécessité de l’aspect intellectuel dans l’acquisition de la formation humaine, nécessaire à l’accueil de la formation spirituelle en général et de celle carmélitaine en particulier, dès le début de la formation. Le conférencier avait préparé le texte complet pour les six circonscriptions représentées et il y avait la possibilité pour tout le monde d’en acquérir une copie; ce qui a facilité beaucoup le travail. Après l’exposé, les participants ont été répartis en trois groupes pour réfléchir sur les questions suivantes: a. En quoi est-il légitime de former humainement nos jeunes frères? Question dont les réponses s’appuieront sur le partage des réalités du terrain. b. Dans nos provinces, la formation humaine (sur le plan intellectuel) de nos frères pose-t-elle problème? Réflexions sur les options et les possibilités des provinces à cet égard. c. Quelles autres propositions de grille pourriez-vous faire? Mardi 07 septembreOn a commencé la journée de travail avec la deuxième conférence du P. Luc-Marie sur La personne humaine: Corps et âme ainsi que les autres articulations de l’anthropologie fondamentale. Dans la formation d’un jeune, on ne peut pas envisager la vie spirituelle sans sa dimension incarnée qui touche à la réalité du corps. En outre, il faudra bien tenir compte de la diversité des êtres vivants. De plus, la place qu’on accorde au rationnel fait partie du processus de croissance vers la maturité humaine. Le conférencier a été clair dans l’exposé et les explications, et aux questions, il a répondu avec des fines observations psychologiques d’une limpidité thomasienne. En fin de matinée on a eu la messe présidée par Son Excellence le Nonce Apostolique au Cameroun, Mgr Eliseo Antonio Ariotti. Dans son homélie il a livré une méditation très dense, axée sur le christocentrisme de la vie consacrée, à partir de la péricope de l’Evangile du jour: Lc 6, 12-19. Il a souligné le fait que le Christ ait passé la nuit à prier avant de choisir les 12 apôtres parmi les disciples et qu’il ait toujours prié avant de prendre une décision, comme cela ressort de l’Évangile de Luc. Le Christ dans lequel le chrétien trouve son ancrage, le mystère de l’eucharistie dans lequel il vient en personne se poser au fondement même de l’existence de ceux qu’il appelle à le suivre de plus près; tels ont été les points les plus saillants de son homélie. Ensuite, il a partagé fraternellement le repas avec nous. Nous lui restons très reconnaissants. Entre-temps, le P. Sibde Semporé, OP, deuxième conférencier du Congrès, arrivait. A 15h 30’, on a écouté l’exposé du P. Semporé sur le thème de la Rencontre de la culture africaine avec la vie consacrée dans le contexte actuel. Avec des images bibliques (la maison, le champ et le foyer: Dt 20, 5-7; Lc 14, 15-24; Mt 19, 27-29) et la connaissance de la réalité africaine, il a montrait ce qui caractérise le bonheur dans l’horizon culturel, l’invitation du Christ au bonheur d’un autre genre et la possibilité de s’en excuser pour poursuivre la voie initiale, le bonheur lié à sa suite qui comporte le renoncement. D’où il a insisté sur la nécessité de connaître les jeunes en rapport avec leurs origines, leur culture, leur milieu. Il a beaucoup insisté sur l’importance du milieu familial, espace vital du jeune, parce qu’il vient de «chez lui» et il doit se sentir «chez lui» dans la nouvelle “famille”. Il a proposé trois questions sur lesquelles les groupes ont réfléchi et mis en commun le résultat du partage. a. Par rapport à la pauvreté, quelle difficulté majeure vous semble rencontrer le jeune en Afrique? b. Par rapport à l’obéissance, quelle est à votre avis la plus grande difficulté? c. Par rapport à la chasteté, qu’elle est la plus grande difficulté d’un jeune en Afrique? Dans le dialogue avec le conférencier on s’est attardé particulièrement sur le vœu de pauvreté. Il est ressorti qu’en Afrique, la pauvreté vécue comme vœu religieux n’est pas toujours une réalité facile à cerner de manière visible. Le travail, y compris celui manuel, demeure l’une des expressions significatives de la pauvreté. Il faut penser aussi à la pauvreté, face à la relève en cours des missionnaires par les religieux autochtones. Mercredi 08 septembreÀ 9 h 00’ comme d’habitude, on a commencé la journée de travail avec la deuxième conférence du P. Sibde Semporé tenant lieu de synthèse. Il est parti de quelques interrogations sur la formation des jeunes en Afrique avant d’aborder la question des vœux (consécration), la dimension communautaire (communion), et l’aspect missionnaire. Il a alors invité à revoir les points où l’on met le plus d’accent dans la formation. Entre autres, le conférencier a insisté sur le fait de mettre la croix au cœur du cheminement vocationnel et formatif, d’insister sur une conformation joyeuse au Christ, puisqu’il faut repartir du Christ (VC 23). Le deuxième point a été les vœux. Le jeune s’engage dans une vie de plénitude, de bonheur. Il faut insister sur le sens libérateur des vœux. Ainsi il est bien de placer très haut la barre et ne pas hésiter à mettre les jeunes devant des défis à surmonter. Le jeune devrait expérimenter une grande solidarité familiale parmi nous. L’amour fraternel serait le premier signe qu’on doit donner pour une crédibilité extérieure de notre suite du Christ (cf. Jn 13, 15) car, a-t-il rappelé, la vie fraternelle en soi, dans la pluralité multiethnique et multiraciale est prophétique (VC 42, 51). Avec ce principe, la question ethnique est mise à nu; elle ne devrait plus être un tabou dont on ne parle pas quand bien même elle ne cesse de ruiner des communautés, mais un pluralisme à travers laquelle se construit la communion fraternelle. Ensuite eut lieu la conférence du P. Luc-Marie sur la sexualité. Il a énoncé les trois points suivants: 1) La sexualité dans l’histoire, en dehors, puis à travers la Révélation; 2) La théologie de la Sexualité; 3) Les déviances de la sexualité. Mais il n’a développé que les deux premiers. Avant-midi encore, nos confrères du Congo nous ont informés sur leur réalité éducative avec le postulat-philosophat à Bukavu dans l’est de la R.D.C., le noviciat à Lubumbashi au sud-est, et le scolasticat des étudiants de théologie à Kinshasa (Ouest). D’autres réalités congolaises brièvement présentées sont la page web (www.ocdcongo.net) et les éditions «Carmel-Afrique». L’après-midi du jour de la nativité de la Vierge Marie, nous nous sommes rendus au monastère de nos Soeurs Carmélites d’Etoudi dans la ville de Yaoundé. Nous avons concélébré la messe bien animée par elles, puis partagé le repas du soir et vécu un moment de fraternité à travers une récréation caractérisée par la joie fraternelle et la créativité. Nous remercions nos Sœurs de leur accueil qui nous a laissé un souvenir inoubliable. Jeudi 09 septembreAprès la messe matinale, la journée de travail a repris avec la leçon du P. Luc-Marie Perrier sur La culpabilité et le pardon. Le conférencier a établi la distinction entre le sentiment de culpabilité et la conscience du péché. Le sentiment de culpabilité est: non amour de soi, rejet de soi, sentiment inconscient et diffus, sentiment de honte. Le sentiment de culpabilité se trouve à un niveau psychologique qui ne fait pas référence aux actes. La conscience du péché se situe au niveau spirituel, elle est une prise de conscience. Le conférencier a traité le sujet avec des applications très concrètes à des situations et des comportements constatés dans des milieux africains. Mot d’or: «oser le pardon parce qu’on reconnaît l’amour». La matinée a été complétée par une deuxième leçon du P. Luc-Marie Perrier sur La relation humaine. Le thème a été axé sur les points suivants: 1) Les grands principes de la vie relationnelle. 2) Les grandes étapes de la vie relationnelle. 3) La libération du péché dans la relation, à la lumière des attitudes de Jésus. Conclusion: Faire descendre Jésus dans les vides de nos relations. L’après-midi libre a été mise à profit pour une sortie plus ou moins touristique, pour des visites à des communautés amies, etc. En même temps le P. Définiteur et le Secrétaire général pour les Missions OCD ont tenu une réunion d’environ deux heures et demie avec les deux Provinciaux, le Commissaire de Madagascar, le Délégué Général du Congo, les délégués provinciaux présents en vue d’échanger sur: 1) La collaboration concrète parmi les circonscriptions OCD africaines francophones, surtout dans le domaine de la formation, à commencer par des propositions misant sur la proximité géographique. À ce sujet il a été envisagé la possibilité des réunions de formation de nos étudiants pour des sessions carmélitaines pendant les grandes vacances, ainsi des périodes communes d’environ deux à trois mois pendant la préparation à la profession solennelle. Accord de principe dont la réalisation reste encore à étudier et concrétiser. La collaboration pourrait s’étendre aussi à la formation des carmes laïcs et à la spiritualité. 2) La collaboration en matière de contenu dans la formation concerne les publications sur des thèmes carmélitains en Afrique. On a informé sur des expériences réalisées dans le passé au Congo à travers les Editions «Carmel-Afrique». Le projet présenté actuellement engagerait toutes les circonscriptions OCD d’Afrique et Madagascar et s’appuierait sur des tractations en cours à Abidjan. On a souligné l’intérêt de cette initiative, qui servirait à mettre davantage à notre portée le patrimoine spirituel de l’Ordre, utile et nécessaire pour la formation. C’est une initiative qui représenterait comme une carte d’identité de la spiritualité carmélitaine, qui ferait connaître le Carmel et sa richesse spirituelle et charismatique en Afrique. Du point de vue pratique, ce n’est pas seulement une question d’éditions, il faut y joindre la question de la diffusion du livre, s’y mettre entre tous et toutes, en collaboration. On a proposé une équipe de coordination composée par le p. Miguel Hernansainz et le p. Julio Almansa de la Côte d’Ivoire. Ils compteront avec une commission formée par les pères Luc-Marie Perrier du Sénégal, Marcello Bartolomei de la RCA, Emmanuel Ndebe du Cameroun, Valentin Ntumba de la RDC, Gino Pizzuto de Madagascar - Ile de la Réunion, ainsi que la Mère Thérèse Marguerite d’Etoudi (Yaoundé), présidente actuelle de l’Association des Carmélites de l’Afrique francophone, qui a déjà manifesté son intérêt pour cette initiative. Le rôle de cette commission sera d’agir selon des critères rationnels dans le choix des livres ou des brochures à publier, garantir et s’assurer de la distribution, en recourant éventuellement à l’avis des spécialistes et des personnes d’expérience. Vendredi 10 septembreEn principe, c’était la journée où le P. Général aurait entretenu les congressistes. En son absence, le p. Zacharie a présenté un exposé riche de motivations, de suggestions, de réflexions, en vue d’une synthèse à faire aux travaux du Congrès pour son application ultérieure. Le mot d’ordre a été: À la conclusion du Congrès, la rencontre continue. 1) On se connaît mieux les uns les autres; on connaît mieux les réalités des uns et des autres en raison des exposés faits; on a pris conscience ensemble de nos défis,… On ne peut plus rester indifférent les uns envers les autres. La communion et la collaboration seront désormais plus faciles. 2) Déjà la veille, * la décision de collaboration en matière de publications a été prise; * un principe de regroupement par proximité géographique pour des rencontres et des cours d’été pour nos jeunes frères a été établi; * une idée de regrouper les jeunes en préparation pour la profession solennelle pour deux ou trois mois de cours en commun a été lancée. 3) Des différents exposés et échanges, il revient à chacun d’élaborer une synthèse personnelle à partir des informations recueillies. Par exemple, des interrogations résonnent dans nos esprits: Qu’est-ce que Thérèse de Jésus et Jean de la Croix disent à l’africain par rapport au radicalisme évangélique, par rapport au sens de la fraternité en communauté? Thérèse, d’ascendance juive, a fait déjà une synthèse dans sa doctrine, par exemple, sur les points d’honneur et sur la solidarité sans frontières. Nous aussi, nous devons penser à la synthèse de la grande question sur la rencontre africaine avec la vie carmélitaine. 4) À partir de tout ce qui a été dit, le p. Zacharie a évoqué l’utilité de rappeler certains principes clés dans la formation, notamment a. le triple dynamisme qui caractérise la médiation du formateur: former, éduquer, accompagner. Éduquer, c’est fondamentalement prêter l’attention à ce qu’est le jeune dans la vérité de sa personne avec ses ombres et lumières, de manière à découvrir ses attitudes, ses sentiments, ses motivations, et l’aider à se prendre en main et à savoir résoudre ses propres difficultés. Former, c’est pour nous, proposer et transmettre le modèle spécifiquement carmélitain de réponse à l’appel de Dieu. Accompagner, c’est le dynamisme qui fait du formateur un frère aîné, qui inspire confiance, qui offre son expérience, qui se fait un accompagnateur proche en cheminant ensemble avec le souci d’aider à devenir meilleur en restant différent. b. l’unité de la communauté éducative qui doit transmettre le même message dans son vécu, son agir et ses paroles. L’importance de voir les formateurs unis dans leurs critères de formation et de discernement c. le témoignage d’une vie religieuse attrayante, source de joie et de bonheur, etc. 5) L’enseignement du P. Luc-Marie nous laisse un défi, a-t-il poursuivi; à savoir concilier dans une synthèse vitale les divers éléments de formation avec le patrimoine carmélitain, comme il l’avait proposé en partie lui-même dans L’utilité et gradualité d’une grille des cours. Il reste à creuser dans le dialogue des groupes certaines questions: 1) Comment aidons-nous les jeunes à exprimer leur conception des vœux? Comment les amener à intégrer de façon critique le vécu des vœux religieux par rapport aux éléments proposés par leur environnement culturel? 2) Partant de la réflexion du père Sidbe Semporé, quels sont les moyens que nous offrons aux jeunes pour qu’ils fassent eux-mêmes la synthèse vitale? Une intervention du P. Giuliano Bettati, provincial de Milan, a fait remarquer que notre anthropologie se meut trop dans l’optique occidentale du toi-moi bipolaire, à laquelle manque le nous qui ne s’obtient que par l’intégration de l’autre. Une anthropologie triangulaire ainsi complétée gagnerait à inclure la politique (l’aspect social), l’histoire, la femme, les pauvres dans notre horizon du vécu religieux et dans la formation en Afrique. La question a été retenue pour être approfondie dans des groupes. Il est vrai que nous ne pouvons pas nous dérober d’une spiritualité qui soit humaine ou humanisante. La spiritualité doit tenir compte de la réflexion et la densité anthropologique. Toutefois, sans que cela soit structurellement intégré sur le plan théorique, la pratique montre que les dimensions rappelées par le père Giuliano ne sont pas oubliées dans la formation. Le travail en groupe a été concluant sur plusieurs aspects. Dans l’après-midi on a fait la mise en commun. Il a été signalé que notre connaissance humaine devrait être imprégnée de la culture carmélitaine. Sur l’engagement face au politique évoqué le matin, on propose de prendre la position défendue par l’Église dans son enseignement social. Par rapport à la femme, on souhaite un équilibre et l’expérience pastorale qui confronte le jeune à la réalité dans sa complémentarité et sa complexité. Il a été ajouté des considérations plus explicites concernant les vœux, que le jeune puisse s’exprimer devant les formateurs et devant le groupe. Ainsi on ne s’arrête pas au niveau des théories et des idées abstraites, mais on descend sur le terrain de ce que le jeune vit et fait, de la manière dont il se comporte. * En rapport avec la pauvreté, il a été dit d’inculquer la responsabilité d’une caisse commune avec une comptabilité précise, en l’enseignant lorsqu’elle fait défaut. La réalité de nos concitoyens doit être une interpellation lancée à notre façon de vivre, qui nous aide à mûrir et approfondir le vécu de ce vœu. On a insisté sur le travail manuel, qui concerne aussi les formateurs, au lieu de rester en simples consommateurs. Dans le même sens il est important de promouvoir une culture manuelle (pratique) pour tant de réparations domestiques. * Le vœu d’obéissance n’a pas été oublié non plus. La culture africaine enseigne à obéir à l’aîné. Il faudra frayer de plus en plus de place à l’émergence d’une obéissance filiale, responsable, libératrice. * Pour ce qui est de la chasteté, ce qui était tabou est devenu aujourd’hui banalité, médiocrité instrumentalisée. Raison de plus d’aider le jeune à s’exprimer à ce sujet, quitte par la suite à corriger les fausses idées et mieux l’orienter. ConclusionPresque sans se rendre compte du temps qui passait, on est arrivé à la fin du Congrès. On relève la sérénité dans laquelle il s’est déroulé. À relever aussi les échanges francs, clairs et respectueux. Nous nous sommes congédiés les uns les autres sous le signe de poursuivre la rencontre dans le vécu ultérieur des expériences respectives de la formation de nos jeunes. Ce que le Seigneur nous a montré, indiqué et donné pendant ce Congrès, nous avons à le vivre dès maintenant. Le Congrès a été accompagné par la prière matin et soir, par des concélébrations eucharistiques soigneusement préparées et animées. On ne peut pas terminer sans remercier l’accueil délicat et attentif de la maison, la communauté et le personnel, qui a continué après le Congrès jusqu’à ce que tous les participants quittent cette belle maison de Nkolbisson pour retourner chez eux pleins de gratitude, de bons souvenirs et de grande espérance sur l’avenir du Carmel en Afrique et au Madagascar. De la messe de samedi matin, 11 septembre, en honneur de Notre Dame du Mont Carmel, il est resté dans les esprits le refrain du chant: Trouver dans ma vie ta présence, Tenir une lampe allumée Choisir d’habiter la confiance Aimer et se savoir aimé.
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