RECIT DE L’ACCIDENT MORTEL DE BUKAVU AU FIL DES JOURS

Ils sont nombreux à vouloir être informés sur les circonstances de la mort tragique du Père Théophile, carme déchaux ; de la sœur Espérance, carmélite Missionnaire Thérésienne et du frère Patrick, postulant carme et étudiant en philosophie. Il fallait choisir entre faire une petite synthèse des événements et relater les faits tels qu’ils se sont déroulés. Nous avons choisi la dernière alternative pour que, de près ou de loin, on soit informé à la bonne source et que nous soyons tous unis dans la prière. Nous vous livrons ici les faits au fil des jours. Merci de prier pour les âmes de ceux qui nous ont quittés.

DIMANCHE 25 SEPTEMBRE

Il est 13h, le Père Théophile revient du marché Mudaka où il est parti faire la provision pour la maison. Il est à 18 kilomètres du centre ville sur un tournant après une petite pente. A bord de la jeep, avec lui : deux autres frères postulants et étudiants en philosophie, Etienne et Patrick et une carmélite missionnaire thérésienne, la sœur Espérance. Le Père Théophile, la sœur Espérance et le frère Patrick occupent les sièges du devant. Le frère Etienne est au siège arrière. Le dialogue qui suit, nous vient du frère Etienne, le rescapé : Le Père Théophile demande à ce dernier: « Etienne ça va là-bas derrière? » Oui Mon Père lui répond t-il. D’un coup, c’est Patrick qui averti le conducteur : « Attention, Mon Père ! » Réponse du Père : « Patrick, sauve-toi ! ». Le témoin oculaire qui était non loin de là, témoigne avoir vu le véhicule perdre le contrôle. Et l’irréparable est arrivé : le véhicule a quitté sa bande pour aller droit dans le Lac Kivu. Le frère Etienne ouvre la portière arrière et saute. Dieu merci, l’endroit n’était pas profond. Après un petit temps de nage, il remonte à la surface et se dirige au bord du Lac où il est secouru par quelques passants. Patrick, à en croire le témoin oculaire, a lui aussi ouvert la portière du devant et a sauté à son tour, mais hélas, c’était déjà à un endroit profond. Et la portière s’est refermée sur les deux autres occupants du véhicule, le Père Théophile et la sœur Espérance.

Une fois hors du Lac, c’est le frère Etienne, le rescapé, qui donnera les coordonnées des membres de la communauté à la police la plus proche. Alertés, les Pères Dieudonné et Olivier se rendent à l’endroit de l’accident. Le frère Etienne est conduit, quant à lui, à l’hôpital général de Bukavu pour la réanimation. Soulignons que l’endroit du drame est situé non loin du campement de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo. Sans tarder, un canot rapide et un engin volent au secours du véhicule noyé. Première tentative : attacher le véhicule au câble afin de le tirer hors du lac. Seulement voilà : Le pare-choc du véhicule sur lequel était attaché le câble cède. Le véhicule s’enfonce de plus belle dans le Lac Kivu, à une distance d’une trentaine de mètres. Il faisait déjà tard. Peine perdue. L’espoir de retrouver les survivants s’envolent. Plus de trois heures déjà sous l’eau. Mais les Pères carmes de Bukavu ne baissent pas les bras. Ils font appel à leurs confrères de Goma pour chercher les autres plongeurs.

LUNDI 26 SEPTEMBRE

Toute la nuit, la communauté des Pères Carmes prennent des contacts avec les plongeurs capables de leur venir en aide. Dieu merci, ils trouvent l’équipe des professionnels. L’équipe arrive le lundi 2 septembre par canot rapide. Les plongeurs sont accompagnés par le Père Christian jusqu’au lieu de l’accident. Une fois la mise en place terminée, les plongeurs se jettent à l’eau à la recherche du véhicule et des dépouilles. Après près de 45 minutes, le plongeur ramène le premier corps inerte à 12h 45: c’est la dépouille de la sœur Espérance, carmélite missionnaire thérésienne. Vite, les éléments de la Croix Rouge la prennent en charge et l’achemine à la morgue. Après une pause d’une trentaine des minutes, de nouveau on se jette à l’eau. Trente minutes plus tard, un second corps inerte. Il est 14 heures : on reconnait le corps inerte du Père Théophile. La dépouille est acheminée à la morgue où une équipe formée des religieuses infirmières se met à l’œuvre pour le nettoyage et l’embaumement. Dans la morgue, le Père Ange assure la prière avec l’abbé aumônier de l’hôpital. Pendant ce temps, au couvent Saint Jean de la Croix, le Père Etienne rédige la lettre de demande d’ouverture d’un cimetière privé au couvent des carmes à Bukavu. Sûr qu’il sera exaucé, il fait creuser trois tombes et supervise les travaux en attendant la réponse du Gouverneur de la Ville. Entre temps, sur le lieu de l’accident, l’engin de la mission des nations unies tente de tirer le véhicule hors du Lac Kivu. Les manœuvres sont difficiles et lente. La pluie est au rendez-vous. Malgré cela, personne ne quitte le lieu. Tout le monde attend voir la fin. L’archevêque de Bukavu, Monseigneur François-Xavier Maroy, le gouverneur de la Ville de Bukavu, la Mère prieure du Monastère des carmélites cloîtrées de Cyangugu (Rwanda) et une de ses consœurs, les autres autorités tant civiles que militaires, les religieux et religieuses, une foule innombrable des fidèles chrétiens et j’en oublie. Tout le monde est mobilisé. Mais il fait déjà tard. Il faut quitter le lieu car les ténèbres écrasent déjà la foule venue soutenir la famille carmélitaine. Le rendez-vous est pris pour demain mardi 27 septembre.

MARDI 27 SEPTEMBRE

Il est 6 heures du matin, le Père Christian accompagne l’équipe des plongeurs à l’endroit du drame pour une ultime recherche de la dépouille du frère Patrick. Après deux bonnes heures sous l’eau, les plongeurs remontent sans rien trouver. Le gouvernorat de la ville demande à l’armée nationale congolaise d’envoyer son engin pour extraire le véhicule du Lac Kivu. L’équipe de la dixième région militaire arrive. Les plongeurs aident et attache fortement le véhicule à un double câble. A 11 heures locales, le véhicule commence à sortir du Lac. Les plongeurs rentrent, quant à eux, sur Goma tout en demandant à l’assistance d’attendre le « troisième jour », jour auquel le corps flottera sur l’eau selon le principe de la nature, chaque fois qu’il y a noyade. Le véhicule est hors du Lac, mais on attend un moment l’arrivée du gouverneur de la Ville et des autres autorités administratives pour le constat. Dans sa valise, le Gouverneur de la Ville de Bukavu apporte aux carmes qui œuvrent à Bukavu un document précieux : « L’autorisation d’ouverture d’un cimetière dans la couvent des Carmes de Bukavu ». C’est donc dans l’enceinte du couvent « Saint Jean de la croix » que seront inhumés le Père Théophile, la sœur Espérance et le frère Patrick.

Les pêcheurs du Lac Kivu et autres personnes de bonne volonté sont mobilisés. La force navale aussi. La nouvelle de la disparition de la dépouille du frère Patrick fait tâche d’huile dans Bukavu et ses environs. On attend le moindre signal de quiconque verrait un corps flotter sur le Lac. Tout le monde reste aux aguets. Il est plus que midi, chacun rentre chez soi parce que de 16 heures à 18 heures, le rendez-vous est pris pour une veillée de prière à la Cathédrale Notre Dame de la Paix de Bukavu, et le lendemain, la messe des funérailles est prévue le mercredi 27 septembre à 11 heures.