Dieu maintient ses promesses et bénit son peuple

(Homélie prononcée le 1 Janvier 2007 dans la chapelle du Carmel du Glorieux Saint de Kinshasa par le Père Valentin Ntumba Kapambu, ocd)

 

Bien très chers frères et sœurs,

 

Aujourd’hui c’est le premier jour du Nouvel An. Les sentiments d’espérance et d’attente habitent dans notre cœur. Nous avons reçu et donné les vœux de paix, de joie et de bonne santé. Nous échangeons le vœu de Bonne Année.

Si à Noël, nous avons célébré la nativité de l’enfant Jésus, aujourd’hui, en ce premier jour de l’an, nous fêtons sa maman, même si la liturgie de la Parole met surtout l’accent sur le « fils de Dieu » et sur le « nom Jésus », donné à Jésus. En dédiant le premier jour de l’année à Marie, l’Eglise entend honorer premièrement la Madonne sous son plus haut titre de Mère de Dieu. Grâce à son oui à Dieu, grâce à sa foi transparente et son obéissance totale à la volonté divine, Marie est devenue « la servante du Seigneur », Mère du Christ et Mère de Dieu, Mère de l’Eglise et notre Mère. Par son « oui » à la parole de Dieu et à l’incarnation du Verbe, Marie a accueilli en elle les « prémices » de l’amour de Dieu, elle l’a porté dans son sein et l’a donné au monde. Justement à travers Marie et grâce à elle le Verbe de la Vie s’est fait homme et il est venu dans le monde.

En ce jour, nous méditons sur trois thèmes : la bénédiction pour la nouvelle année, la maternité divine de Marie et la journée mondiale de la paix.

1. « Que le Seigneur te bénisse ! »

Faisons nôtre la formule de bénédiction qui nous trouvons dans la première lecture tirée du livre des Nombres, appelé ainsi parce qu’il contient le recensement des tribus d’Israël sorties d’Egypte et en route vers la terre promise.

« Que le Seigneur te bénisse et te garde !

Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi !

Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix » (Nb 6, 24-26)

Nous avons ici une antique formule de bénédiction. Elle était déjà probablement sur les lèvres des pères des familles à qui était réservée la bénédiction des enfants, comme au roi celle du peuple. Elle était devenue par la suite la prérogative des prêtres pendant l’exil à Babylone. C’est pour cette raison qu’elle est appelée bénédiction sacerdotale.

« Bénir » est un verbe riche de sens, déjà dans son étymologie.

Le radical de ce terme est dans les trois consonnes hébraïques brk à l’aide desquelles – dans un premier sens – on désignait les « genoux » maternels (en hébreux, birkajim) sur lesquels était mis l’enfant à peine né et là il était déclaré « fils » du père. Parce que le livre des Nombres raconte les événements d’Israël à peine sortis d’Egypte, cette sortie est considérée – à la lumière du symbolisme des genoux maternels – comme une nouvelle naissance d’Israël, comme un fait de le placer de nouveau sur les « genoux » de Dieu, qui l’accueille et le déclare son fils, son « premier-né ».    

Un autre sens du radical brk est celui de « bénir ». Dans la Bible, la bénédiction n’est pas une simple formule de souhait ; elle est surtout un signe de la présence de Dieu dans le monde et de l’efficacité de son agir envers l’homme et envers Israël en particulier. Dans le livre des Nombres, ce sens est démontré justement par le recensement du peuple. Ce recensement montre l’efficacité de la bénédiction de Dieu. Le peuple d’Israël, menacé d’extinction sous la domination des Pharaons égyptiens, est maintenant de nouveau en vie, il est ressuscité, il s’est multiplié.

Une lecture de ce texte des Nombres, attentive à ces sens, peut nous aider à comprendre notre monde d’aujourd’hui et ses multiples problèmes qui l’assaillent. Même ce monde – avec ses contradictions et ses incertitudes – est béni par Dieu, est accueilli sur ses genoux maternels et paternels et déclaré « fils ».  

 Dans la formule de bénédiction le nom du Seigneur revient trois fois ; et cette triple invocation est une garantie pour Israël que le Seigneur assure sa présence et sa protection envers le peuple. Le sujet principal de la bénédiction est le Seigneur lui-même : « Que le Seigneur te bénisse », qu’il « fasse briller son visage » sur l’homme et tourne sur lui « son visage » miséricordieux. Le contenu et le fait de la bénédiction divine sont la protection de Dieu, sa bienveillance et le don de la paix, telle est la synthèse de bénédiction, de prospérité et de bonheur. Le psaume, proposé pour la liturgie de la Parole, contient des expressions analogues à celles de l’antique bénédiction sacerdotale : « Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse ! » (Ps 66).

2. Dieu envoie son Fils, né d’une femme

Le fondement de la grandeur de Marie et de la singularité de sa mission se trouve dans le fait qu’elle est la Mère de Dieu. Celui-ci est le plus haut titre de la Vierge, commencement et source de tout autre titre d’honneur et de bénédiction que la théologie et la dévotion des fidèles ont pu conjuguer. Justement grâce à Marie le Verbe s’est fait chair (Jn 1, 14), le Fils de Dieu est devenu vrai homme tout en demeurant vrai Dieu.

Le plus célèbre passage de la lettre de saint Paul aux Galates – proposé comme deuxième lecture de la messe de ce jour – présente l’œuvre de la rédemption et de la sanctification réalisée dans le temps par le Fils de Dieu. Le même texte décrit l’événement de l’incarnation et sa finalité qu’est le salut de l’homme : « Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d’une femme, il a été sujet de la Loi de Moïse pour racheter ceux étaient sujets de la Loi et pour faire de nous des fils » (Ga 4, 4-5). L’expression : « Quand vint la plénitude des temps », n’est pas simplement temporelle, mais elle est théologique. Elle indique en effet l’accomplissement des attentes et des promesses, l’avènement définitif du temps messianique en Jésus. Avec la venue du Fils de Dieu dans la chair, dans notre histoire terrestre, le temps a atteint sa plénitude et est parvenu à son but final. Dans notre histoire, a fait irruption un temps nouveau qui a marqué le début d’une ère nouvelle. La venue du Fils de Dieu a signé aussi le début d’une nouvelle humanité : l’homme, d’« esclave » qu’il était à cause de son péché, est devenu « fils » adoptif de Dieu en vertu de son Fils et du don de l’Esprit Saint.

Dans notre histoire définitive de la libération, de la rédemption et de l’élévation de l’homme entrent directement en scène le Père, le Fils et le Saint Esprit. Mais au centre de cette « histoire » de Dieu dans le monde et de sa « marche » vers l’homme il y a une femme : Marie. « Né d’une femme, sous la loi » (Ga 4, 4), nous rappelle saint Paul en précisant toute la réalité historique et la concrétude humaine de l’incarnation du Fils de Dieu. Ce sont des expressions très importantes parce qu’elles soulignent que le Fils de Dieu, tout en restant Dieu, s’est fait réellement homme, a partagé en tout notre condition humaine. De Marie et en elle le Fils de Dieu a assumé notre pleine humanité, a reçu le corps mortel, tous les conditionnements et toutes les limites d’une existence authentiquement humaine. Comme tout homme, même le Fils de Dieu naît du sein d’une femme. Ainsi Marie n’est pas seulement la Mère du Christ, de l’homme Jésus, mais du même Fils de Dieu. Elle est à plein titre la Mère de Dieu.

Dans le même passage fondamental de la lettre aux Galates, saint Paul, en affirmant la réalité historique et humaine de l’incarnation du Fils de Dieu, indique sa finalité salvifique : il est « né d’une femme » et il est « né sous la loi, pour racheter ceux qui étaient sous la loi afin qu’ils reçoivent l’adoption de fils » (Ga 4, 5). Les aspects de la rédemption sont exprimés de manière négative (racheter les hommes de la « loi », c’est-à-dire de l’esclavage du péché) et de manière positive (nous rendre fils de Dieu). L’« adoption filiale » n’est pas simplement un titre juridique qui rend l’esclave libéré idoine à recevoir l’héritage de son seigneur ; elle a au contraire une valeur ontologique : au fils, adopté par Dieu, est fait don de la même vie divine par le Fils et l’Esprit Saint. Comme disait saint Irénée de Lyon, « le Fils de Dieu devient Fils de l’homme afin qu’à travers lui nous recevions l’adoption, pour que l’homme porte, comprenne et embrasse le Fils de Dieu ». Le Fils de Dieu est descendu du ciel vers la terre afin que l’homme puisse monter de la terre vers le ciel. « En effet, affirmait saint Athanase, le Fils de Dieu se fit Fils de l’homme pour que les fils de l’homme, d’Adam, deviennent fils de Dieu ».

Les signes manifestes de cette divinisation de l’homme, opérée par l’incarnation, c’est-à-dire l’humanisation du Fils de Dieu sont : la prière confiante et filiale à Dieu (Abba, Père) (Ga 4, 6) et l’être héritier des biens de Dieu, de sa vie éternelle. C’est important de souligner encore que la Très Sainte Trinité : Père, Fils et Esprit Saint, est à l’œuvre soit dans le mouvement descendant de l’incarnation du Verbe, soit dans le mouvement ascendant de la sanctification de l’homme. Marie, la première vraie demeure de Dieu sur terre, est le lieu privilégié de cette rencontre et d’une telle synthèse. Pour cela Marie est déjà les prémices et le plus beau fruit de l’Eglise.

3. La paix

Ce premier jour de l’an est dédié à la célébration de la journée mondiale de la paix. La paix est ce dont l’humanité a plus besoin. La paix est cependant un don de Dieu. C’est pour cela que la plus antique formule de bénédiction souhaitait : « Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix » (Nb 6, 26). Dieu est « l’auteur de la paix parfaite », disait Denis l’Aréopagite. « Le développement et la solidarité constituent les deux clés de la paix », disait feu Pape Jean Paul II. Prions la Vierge, « Reine de la paix », afin qu’elle donne de nouveau à nous et au monde le Fils de Dieu Jésus Christ, Principe de la paix. Le Christ est en effet « notre paix » (Ep 2, 13), puisqu’il a abattu le mur de division entre nous et Dieu, et il nous a enseigné à dépasser dans l’amour toute forme de haine et d’antipathie envers le prochain.

P. Valentin NTUMBA KAPAMBU, OCD