Plus qu’une session, une expérience à revivre.
Troisième année de formation des formateurs ocd d’Afrique francophone et Madagascar.
BUTARE (Rwanda), 02-19 février 2009
Une expérience vivante et vivifiante, une expérience à revivre. Voilà ce que l’on peut dire au sujet de la session de formation qui s’est tenue du lundi 02 au jeudi 19 février 2009 à Butare (Rwanda), la troisième en son genre depuis 2007, à l’intention des formateurs Ocd de l’Afrique francophone et au Madagascar et iles de l’Océan.
Au total 12 formateurs y ont pris part :
Trois en provenance de la Délégation générale saint Joseph du Congo Kinshasa : les pères Jean Claude KAYEMBE, Jérôme PALUKU et le diacre Joseph KAYEMBE.
Le Cameroun a été représenté par le Père René ZOBO, de la mission de Nkolbisson, à Yaoundé.
Pour le compte de la Délégation provinciale de Valence ayant juridiction sur la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et bientôt le Togo, participaient les pères Bernard HALA et Festus KOBLA.
Le commissariat du Madagascar qui n’a jamais manqué à ce type de rencontre avait envoyé les pères Victor Olivier Anselme et Michael RAKOTOSON.
La Délégation provinciale de Cracovie au Rwanda et au Burundi, a brillé non seulement par l’accueil chaleureux qu’elle a réservée aux confrères mais aussi par sa participation très remarquée ; car si les pères Jean, Matthieu, Jean-Bosco et Jean-François y ont participé à temps plein en qualité de formateurs directement engagés dans la formation des jeunes, les pères Libère, Barthelemy et Cyrille y ont été présents simplement pour leur formation permanente
La session avait comme thème général : « l’accompagnement dans la formation ». Le premier intervenant de la session était le frère Eugène KABANGUKA, provincial des Frères Maristes. Il a développé le thème de l’accompagnement à vivre les vœux de manière inculturée. Avec une expérience et une douceur remarquable, le frère Eugène, dans son cours, a fait constater aux participants que la formation religieuse, si elle veut être réaliste et adaptée, doit tenir compte des conditions et du contexte socio-culturels des jeunes en formation. Abordant le sous thème de l'inculturation des vœux dans le contexte africain, l’intervenant a fortement souligné que les valeurs évangéliques ne doivent, en aucun cas, être ramenées simplement au vécu culturel des jeunes concernés. C’est plutôt la formation religieuse qui doit amener les religieux à purifier ce qu’il y a encore d’imparfait dans leurs cultures respectives pour les adapter à l’Évangile et ses exigences. On ne le dira jamais assez : purifier les cultures et les adapter aux valeurs évangéliques, c’est en cela que consiste la tâche principale d’inculturation pour un formateur.

Santuaire mariale de Kibeho au Rwanda
|
Pour clôturer la première semaine, le samedi 07 février, tous les participants à la session ont visité le sanctuaire marial « Notre Dame du Verbe » de Kibeho.
Pour la petite histoire, Kibeho est une localité rwandaise située dans le sud du Rwanda en Diocèse de GIKONGORO, à une trentaine des kilomètres de Butare. C’est là que sept ans durant (1982-1989), la Vierge Marie est apparue à trois jeunes filles rwandaises en se présentant sous le nom de « Nyina wa Jambo » (Mère du Verbe). En 2001 un sanctuaire dédié à « Notre Dame du Verbe » y a été construit pour honorer la demande de la Vierge Marie aux voyantes.
Sur ce que sont devenues les voyantes de Kibeho, notons en passant que Marie-Claire MUKANGANGA est morte en 1994, Alphonsine MUMUREKE est présentement Clarisse au monastère Sainte Claire d’Abidjan et Nathalie MUKAMAZIMPAKA est toujours à Kibeho où elle mène une vie retirée dans le jeûne et la vénération de la Vierge Marie.
A l’occasion de leur visite au sanctuaire « Notre Dame de Kibeho » les confrères ont eu la joie d’écouter Nathalie raconter elle-même ce qu’elle a vécu quand la Vierge Marie lui est apparue, avec ses consœurs. Pour boucler, des photos souvenir avec elle n’ont pas manqué, chose qu’elle n’accepte pas habituellement. Merci Nathalie pour ta gentillesse et surtout pour ta vie effacée.

Après cette brève détente, le travail a repris son cours avec la deuxième semaine, soit du lundi 09 au vendredi 14 février. C’est le Père A. M. Zacharie IGIRUKWAYO, O.C.D. qui était programmé pour développer le thème de l’accompagnement des jeunes en formation initiale selon l’esprit des constitutions des carmes déchaux. Il a suivi une méthode participative ; ce qui faisait de son cours une forme d’atelier dans lequel les exposés théoriques étaient suivies de questions qui les prolongeaient et les confronter à l’expérience des formateurs. Les réponses aux questions et partages successifs relançaient la suite de l’exposé. Dans ses exposés, à la lumière de nos constitutions et des normes d’application, le Père Zacharie s’est beaucoup inspiré des écrits de la CIVCSVA et des publications du canossien bien connu Amedeo Cencini. Dans la partie théorique, il a insisté sur la nature de la formation, l’importance d’avoir un modèle théorique pour la formation, former à l’appropriation progressive des sentiments du Fils ; lequel modèle théorique indique les contenus et le dynamisme en même temps qu’il favorise la méthode de formation à la liberté et dans la liberté qui sous-tend une attitude docile à se laisser former pendant toute la vie et par différentes médiations.
C’est un modèle de formation qui se veut biblique. Il est « mis en relief par la lettre aux Philippiens (Ph 2, 5-11) qui recommande d’avoir entre nous « les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus » avant de décrire que ces sentiments sont ceux qui traduisent son renoncement aux prérogatives divines et son abaissement (kénose) par amour ». Former dans ce modèle c’est amener les frères en formation à comprendre et à vivre la « sequela Christi » comme « un renoncement à soi qui est don, oblation de toute la vie, y compris sa propre mort ; c’est une consécration.»
Ce modèle est christocentrique : les jeunes doivent être formés à être épris du Christ qui les aime le premier et, à partir de cet amour du Christ devenu un vécu d’alliance se laisser introduire dans l’expérience du mystère de Dieu. Il est aussi théologique : ce qui est christocentrique ne peut être que théologique car le Christ vient de Dieu et conduit vers Dieu. Aussi, a-t-il souligné, il est personnaliste car dans la dynamique de l’accompagnement, c’est l’approche à chaque jeune considéré comme un visage avec ses manifestations, ses potentialités, ses attentes, ses idéaux, ses blessures et ses espoirs. C’est en fait une pédagogie qui tient compte de la liberté du formé. Il est à noter que les formés ne sont pas contraints mais sont progressivement éduqués à découvrir la grandeur, la beauté et la dignité de l’appel de Dieu qu’ils ont reçu.
Le deuxième aspect de ce modèle est anthropologique. Il s’agit ici de former les jeunes en tenant compte des éléments constitutifs de leurs personnes et ceci est à étendre à tous les niveaux : humain, culturel, affectif et sexuel, psychologique et interpersonnel, communautaire et extracommunautaire. Il s’agit de prendre chacun comme il est afin qu’il puisse se connaître, l’aider à découvrir ses richesses et ses « monstres » pour développer ce qui est positif et guérir ce qui est blessé. Il s’agit aussi de montrer à chacun l’idéal auquel il tend ; la figure du carme à laquelle il aspire. Et tout cela, dans un dynamisme de relation car la vocation est une « con-vocation » où l’on est appelé comme membre d’une grande famille religieuse, où l’on doit apprendre à communiquer en profondeur en se confiant aux autres, en apprenant d’eux et en contribuant à la croissance commune, où l’on chemine ensemble.
Il y a eu un second moment d’une lecture panoramique des Constitutions en insistant sur sept points qui configurent une certaine mentalité pour l’accompagnement des jeunes en formation en Afrique ; et un troisième moment de mise en relief des numéros de notre législation qui parlent explicitement de la formation.
Pour clôturer la semaine et rechercher des nouvelles forces pour la troisième et dernière semaine de la session, alors que le Père A.M. Zacharie voyageait pour Nairobi où il allait participer aux travaux de la Conférence des Supérieurs OCD de l’Afrique anglophone, le samedi 14 février, les participants à la session ont visité la ville touristique de NYANZA, au centre du Rwanda. Cette sortie leur a offert le privilège de visiter la maison traditionnelle des derniers rois du Rwanda et le musée national. Elle a aussi été l’occasion d’une belle récréation fraternelle dans « SCANLIFE ».
La troisième et dernière semaine a été animée par le Père Romuald, actuellement maître des novices dans la Société d’Apostolat Catholique (SAC) au Rwanda. Dans ses exposés, le conférencier a présenté les éléments de base de la formation à la vie consacrée, le dynamisme de la pastorale des vocations, les critères pour le discernement des vocations. Pour conclure ses propos, le Père Romuald a souligné le minimum des qualités requises pour être un bon formateur.
Après trois semaines de cours et surtout pour marquer l’unité, la fraternité et la proximité qui caractérisent le Carmel en Afrique, le vendredi 20 février, à part les malgaches qui devaient regagner la Grande Île rouge, tous les participants à la session ont quitté Butare, au Rwanda, pour traverser la Rusizi et atteindre Bukavu en République Démocratique du Congo, où ils ont visité la communauté de postulants, étudiants en philosophie, avec leurs formateurs.
Pour les pères Jérôme NDAYE et Roger TSHIMANGA, respectivement supérieur et économe de cette communauté, c’était une agréable surprise. Ils ont pu revoir les pères Cyrille et Jean-François, de la Délégation provinciale du Rwanda et Burundi, après plus de 15 ans depuis qu’ils ont terminé leurs études de philosophie dans la communauté de Bukavu. C’était, il faut le souligner, pour la toute première fois qu’une équipe des formateurs venant de l’Afrique francophone et du Madagascar visitait cette communauté : Une belle soirée entre frères.
A Bukavu, les formateurs carmes de l’Afrique francophone ont fait l’expérience d’être une seule et même famille. Cette visite a fait découvrir à plus d’un des formateurs venus d’autres pays d’Afrique quelques aspects de la Délégation Générale Saint Joseph du Congo notamment la fraternité, l’accueil et le partage.
Les bonnes choses ne durent pas, dit-on. Si les trois semaines de formation à Butare ont paru passer comme une étoile filante, le passage des formateurs de l’Afrique francophone, dans la communauté Saint Jean de la Croix de Bukavu nous a paru comme un insaisissable vent qui souffle et continue son cours.
L’après midi du samedi le 21 février n’a pas tardé à venir. On se l’était déjà dit. Le temps a été jaloux. Il n’a pas permis que nous restions encore ensemble pour vivre la communion fraternelle que des milliers des kilomètres empêchent de savourer. Certains d’entre nous ont même émis le vœu de voir la prochaine session de formation des formateurs se tenir à Bukavu. Tout dépendra des circonscriptions respectives en dialogue avec le Définitoire. D’autres se sont permis de rêver à haute voix : Pourquoi ne pas penser à former une seule province pour le Carmel en Afrique Francophone pour que chacun ait la chance de vivre avec tous en Afrique quitte à nous multiplier en plus de province selon le degré de croissance en nombres?
Laissons les rêves jouer leur rôle, la structure réelle de notre Ordre a embarqué l’Afrique dans un autre processus.
Le samedi 21 février 2009 à 14H00, nous nous sommes séparés, avec espoir de nous rencontrer encore dans un climat semblable. Que Dieu bénisse le Carmel en Afrique, qu’il bénisse tous ceux qui travailleront pour plus de rencontres enrichissantes de jeunes carmes d’Afrique et Madagascar, notre espérance pour le futur de l’Ordre en cette partie du globe.
Père Paluku Jérôme, Ocd