Célébration des Obsèques du Père Michel-Marie de Goedt

- Homélie  -

 

 

 

 

 

 

Job, 19 1.23-27 ; Ps 129 ; Jn 3, 16 ; 6, 40 ; 17, 1-3.

 

            C’était dans les années 50. Nous étions un petit groupe sortant du noviciat, et sur le point de commencer nos études religieuses. On nous annonça que l’un de nos professeurs serait un jeune père arrivant de Rome : le père Michel. Et tout de suite, nous fûmes séduits par l’enthousiasme avec lequel il faisait ses cours, soucieux de nous transmettre la tradition de l’Église et ouvert aux recherches contemporaines.

 

            Quelques temps après, l’organisation de l’enseignement fut modifié, et le père Michel, provisoirement libérer de ses cours, s’engagea sur une voie un peu différente, se consacrant à la lecture des Écritures. Pour se faire, il alla passer trois ans à l’université de Louvain, pour s(initier à l’exégèse moderne avec un maître d’alors : Lucien Cerfaux.

 

            L’organisation des études étant encore modifiée, nous nous retrouvâmes à Avon, où Michel devint notre professeur d’Écriture Sainte. La matière avait changé, son enthousiasme était le même.

 

            Vinrent les années 60. Moi-même je suis parti dans un autre couvent où j’appris que Michel sans abandonner les recherches qu’il avait jusqu’alors poursuivies, s’engageait dans un autre voie qu’on pourrait nommer : Amitiés Judéo-chrétiennes. Ce qui l’amena a aller vivre une dizaine d’années en Terre Sainte où, bientôt, il parlait couramment hébreu et s’initiait à la culture juive. Il était fasciné par le rôle dévolu au Peuple juif dans l’histoire de la Révélation.

 

            Revenu en France, à la fin des années 70, il faut bientôt élu Provincial. Je me souviens des journées où il voulait nous réunir autour de notre trésor commun : le Carmel. C’est ainsi que nous interrogions avec ferveur Thérèse d’Avila et Jean de la Croix. Lui-même, dans les différentes voies où il s’était engagé – philosophie, théologie, écriture sainte, judaïsme – était toujours resté en communion avec la tradition du Carmel. Il écrivit nombre d’articles où il laissait parler sa passion carmélitaine et bientôt publié deux livres sur le Christ et le Carmel : le Christ chez Thérèse et le Christ chez Jean de la Croix.

 

            J’aime aussi me rappeler le soin qu’il met à préparer notre Chapitre Provincial de 1984, où il s’agissait de resserrer  l’unité de notre Province. Il multiplia les enquêtes auprès des communautés et de chaque religieux, afin que les décisions soient bien le fait de tous.

 

            Les années qui suivirent n’auront pas été pour lui très faciles – il est vrai que son caractère n’était pas toujours commode. Ses colères pouvaient faire peur, encore qu’il était ensuite le premier à venir sans excuser. Les maladies aussi sont venues assombrir ses dernières années, jusqu’à la fin que nous savons.

 

            À travers les moments heureux et les moments difficiles, Michel aura répondu fidèlement à l’appel entendu dans sa jeunesse. Son engagement fut résolu, son insertion au Carmel évidente, sa foi chrétienne toute entière éveillée vers la rencontre. La rencontre de ces jours-ci où, en mêem temps qu’il nous quitte, il se retrouve comme jamais auprès de Dieu.

 

            Enfin s’il me fallait d’un mot évoquer sa vie, je dirai : Fidélité. Fidélité à son baptême ; fidélité à sa profession religieuse ; fidélité à sa conscience ; fidélité à Jésus-Christ.

 

Fr. Jean-Baptiste FOCH (Lille)