S.O.S : L’Insécurité se porte bien à BUKAVU.

Le Seigneur dit à Paul : « Sois sans crainte, je suis avec toi ». Actes. 18,9

Nous sommes à Bukavu, précisément à la colline de Karhale. Entre l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (IS.TM.) et l’Institut Fundi Maendeleo (I.T.FM), se trouve le philosophat Saint Jean de la Croix des Pères carmes. Il est 19 heures 20’ locales, le lundi 5 octobre 2009. Le supérieur de la communauté des carmes raccompagne un professeur de l’I.S.T.M venu lui rendre visite. Et puisqu’il a plu, le supérieur a préféré le raccompagner en voiture. Heureusement d’ailleurs. La suite de l’événement nous dira pourquoi. Sur le chemin de retour, le supérieur a pris la précaution d’avertir la sentinelle au loin de son arrivée en faisant clignoter les phares. Un papa qui vend à l’entrée du philosphat prend le devant et court ouvrir le premier battant du portail pendant que la sentinelle accourt pour ouvrir le second. Dans l’entre-temps, le père attend devant le portail. C’est sur ces entrefaites que surgissent deux policiers et se mettent l’un juste à côté de la portière du conducteur et l’autre derrière le véhicule. Après avoir salué le Père, le policier a soulevé son imperméable. De ses yeux, le supérieur a vu un vieux fusil et comprend que la suite risque d’être mortelle. Ou il aura à débourser de l’argent à leur donner, ou la voiture lui sera ravie. Dans les deux cas, il n’y aura pas de concession à faire. Réflexe d’autodéfense oblige : le supérieur de la communauté fonce tout droit devant lui. Deux balles retentissent. Sûrement les assaillants ont visé les roues de la voiture. Rien du tout. La voiture arrive heureusement au garage. Le supérieur court avertir la communauté réunie dans la chapelle pour les vêpres. Aussitôt, il se fait accompagner jusqu’au portail. Et là, ils constatent avec amertume que la sentinelle venait d’être molestée par les policiers. A en croire d’autres témoignages, cette même nuit-là, ces policiers se sont livrés à d’autres actes de vandalisme : vol des appareils téléphoniques et argent aux paisibles passants. Pire, un papa a été tiré dans la jambe à bout portant. Comme on le voit, il a suffit de peu pour que le Supérieur des carmes de Bukavu perde sa vie. Ce cas, il faut le dire, est un échantillon parmi des milliers qui se commettent dans cette ville de Bukavu au vu et au su des tous, victimes comme responsables militaires. Le peuple agressé, lui, n’a pas le droit de se faire justice. Cette situation soulève quand même quelques inquiétudes : Qui peut bien en vouloir à la vie du Père Supérieur des carmes de Bukavu et pourquoi ? Et à quel prix ? On ne soupçonne personne mais le fait parle de lui-même. Peut-on se permette de dire, en partant de ce cas que l’Eglise Catholique de Bukavu est visée ? Personne ne l’affirme mais il n’y a pas longtemps que l’école des frères Maristes de Nyangezi ainsi que le presbytère de la paroisse de Ciherano ont été pillés et incendiés par des militaires. Jusques à quand, après chaque forfait, on nous chantera ce refrain : ce sont des « hommes en uniforme », des « hommes armés non autrement identifiés » ? Qui prendra la responsabilité de nous remettre tous ces hommes armés dans leurs casernes ? A quand la pacification totale de cette partie du pays ? Ce que nous trouvons ridicule et écoeurant dans cette tragique histoire est que ces policiers étaient, semble t-il, des patrouilleurs, c’est-à-dire commis à la sécurité des personnes et de leurs biens. En attendant les réponses à nos interrogations, le Supérieur des carmes de Bukavu, chaque fois qu’il rentre dans la chapelle, ne cesse de chanter le psaume 123, un psaume d’action de grâce à Dieu qui protège et délivre : « Sans le Seigneur qui était pour nous qu’Israël redise. Sans le Seigneur qui était pour nous quand des hommes nous assaillirent, alors ils nous avalaient tout vivants dans le feu de leur colère. Béni soit le Seigneur qui n’a pas fait de nous la proie de leurs dents. Comme un oiseau, nous avons échappé au filet de chasseur ; le filet s’est rompu : nous avons échappé. Notre secours est le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre ».