Introduction
Contexte du CongrèsPour l’Église en général[1] et pour l’Ordre du Carmel en particulier[2], ce congrès sur l’intégration de la culture carmélitaine dans le processus de la formation des jeunes carmes en Afrique et dans les îles de l’Océan Indien se justifie en raison de l’importance capitale que la formation revêt pour l’implantation et la vitalité de tout Institut religieux dans une aire géographique et culturelle déterminée. Le Chapitre Général de 2003 a évoqué la place essentielle de la formation dans le document capitulaire «En marche avec sainte Thérèse de Jésus et saint Jean de la Croix, repartir de l’essentiel». Rappelons ici le numéro 93, situé dans la troisième partie consacrée aux conclusions pratiques. Il y est recommandé ce qui suit: «Que soient organisées des rencontres régionales de formateurs, en vue d’une collaboration dans les problèmes de formation et dans l’élaboration d’une pédagogie de l’oraison». Un mois après la clôture du Chapitre, le définitoire de juin 2003 a adopté une méthode de travail qui a rendu possible l’application immédiate de la recommandation à peine citée. Durant ce définitoire, il fut convenu que les régions seraient des lieux privilégiés de rencontres et de congrès en ce qui concerne les aspects les plus importants de notre charisme pour consolider leur vitalité: la formation, la communion dans la communauté, l’OCDS, l’apostolat de spiritualité, les paroisses, etc. Selon cette méthode, ces questions pourront être traitées non seulement de manière générale, mais aussi en relation avec les différents contextes géographiques et culturels. En fonction de cette polarisation méthodologique sur les régions, sans trop attendre, les définiteurs ont entrepris l’organisation des tout premiers congrès régionaux. Ceux qui sont en cours maintenant sont dominés par le thème de la formation. Nous ne sommes donc pas les seuls à tenir un congrès sur la formation en ce moment; une autre rencontre des formateurs d’Europe et de l’aire méditerranéenne est en passe de commencer au Portugal sur la promotion des vocations (du 07 au 11 septembre). Ligne méthodologiqueMême si l’on dit que la répétition est la mère des sciences, dans le présent congrès, nous ne reviendrons pas sur les thèmes traités dans les congrès internationaux sur la formation, organisés par l’Ordre pendant les vingt-cinq dernières années. Cependant, il ne faut pas oublier que ces derniers ont mobilisé des forces immenses de recherche et de réflexions au sein de l’Ordre pendant de longues années. Ce serait donc une erreur de les ignorer. Ce serait aussi un leurre d’en supposer connues toutes les conclusions, ou de présumer assurée leur mise en pratique. C’est pourquoi l’on gagnera à en consulter de temps à autre les comptes-rendus respectifs. - Celui du no 2 du vol. XV du Service d’Information Carmélitaine (SIC) de la Maison Généralice qui se fait l’écho du Congrès international sur la formation tenue au Teresianum de Rome du 21 au 27 septembre 1981 (le premier après Vatican II, 30 ans après le symposium de 1951, deux ans après le Chapitre Général de Campiglioni, et 11 ans avant la publication de la Ratio Institutionis). - Celui du Congrès sur la formation tenu à Sankt Ottilien en Allemagne du 6 au 13 septembre 1993, aux lendemains de la publication de la Ratio. - Celui du Congrès international sur la formation tenu à Jab-el-Dib au Liban du 9 au 15 septembre 1999. Pour le présent congrès donc, nous nous appuierons particulièrement sur le numéro du document capitulaire cité plus haut. Deux points retiendront particulièrement notre attention: collaboration et pédagogie. 1. Élaboration d’une pédagogie. On ne parlera pas de la pédagogie de l’oraison; il faudrait pour cela un cours sur sainte Thérèse et sur ses œuvres, notamment le Chemin de la perfection. Cela ne veut pas dire que nous oublierons le contenu à donner à la formation. Au contraire, il en sera question. Mais, il s’agira surtout de lire, à travers les différentes réflexions et exposés, une recherche de pédagogie et ligne méthodologique. D’abord parce que tout ce dont on parlera en rapport avec le contexte africain devra être pris en compte au moment de former à des valeurs universelles que chaque carme a besoin d’assimiler tout au long de sa formation initiale. Ensuite parce que la méthode à suivre dans la formation doit s’ajuster au processus vital; cela signifie que les formateurs viseront à promouvoir progressivement une croissance humaine, religieuse et carmélitaine chez nos jeunes. Une grande partie des exposés visera à montrer le bien fondé d’une formation humaine (intellectuelle) intégrée dans la grille de formation élaborée selon le double critère d’unité et de gradualité (cf. Ratio Institutionis 60-66). Unité dans le sens de l’intégration des aspects humain, spirituel et carmélitain au service du développement intégral du jeune, unité dans le sens où la personne du jeune est prise en compte en tant que totalité sans négligence d’aucune des dimensions de son être, unité d’orientation dans la mesure où tout le contenu transmet le même message. Gradualité aussi car c’est une loi humaine d’avancer selon le processus vital et le rythme de croissance, de commencer par poser des pilastres anthropologiques solides si l’on veut atteindre un essor spirituel équilibré (cf. Ratio 36). 2. Nous nous pencherons aussi sur la collaboration dans les problèmes de formation en Afrique francophone et dans les îles de l’Océan indien. Collaboration au niveau des structures de formation, collaboration en interchangeant le potentiel humain, collaboration dans le partage des instruments de formation (contenu) en vue d’une plus grande efficacité dans la formation. Nous avons besoin d’intensifier les échanges et la communication sur les contextes respectifs de formation et les défis qu’ils lancent au dynamisme de la formation des jeunes en général et dans ses diverses étapes. Nous partagerons les expériences vécues pour rester le plus proche possible de la réalité africaine et malgache dans le domaine de la formation. La collaboration nous indiquera en quelque sorte le contenu de nos échanges et la ligne méthodologique à suivre: principes généraux dans la formation d’un côté et attention à la réalité contextuelle d’Afrique et de Madagascar de l’autre. On essayera donc de conjuguer: - une réflexion sur les étapes de la formation (structure) et la manière dont elles répondent à la croissance de la vocation chez les jeunes en formation en chaque contexte géographique et culturel avec celle sur le contenu dispensé dans la formation; - une réflexion sur les méthodes que nous empruntons; - une réflexion sur le potentiel humain engagé dans l’accompagnement (formateurs) et le milieu de vie que l’on offre aux jeunes (communautés éducatives) pour pourvoir au mieux à leur formation des jeunes en essayant de relever les défis de chaque contexte géographique et culturel; et au besoin, chercher de les relever ensemble; - une réflexion sur la possible collaboration qui, non seulement placerait notre région sur la voie de l’efficacité des efforts conjugués dans la formation, mais aussi l’acheminerait progressivement vers la constitution d’une conférence OCD d’Afrique francophone et du Madagascar, et plus tard, s’il plaît à Dieu, de l’Afrique et des îles de l’Océan indien tout simplement, sans l’incontournable limitation linguistique en vigueur aujourd’hui. C’est dire que, tout en veillant à rappeler les principes et à donner un contenu consistant à travers les conférences, les travaux de ce congrès devront avoir constamment le souci de rester proche de la réalité vécue et d’arriver à la fin de la rencontre avec des propositions pratiques pour le court et le moyen terme dans la mesure du possible. Modèle théologique et anthropologiqueComme toute méthode ne peut être efficace quand il est réellement un chemin pour atteindre un objectif déterminé, l’indication méthodologique à peine soulignée est au service d’un modèle théologique et anthropologique précis, qui demeure l’orientation fondamentale et le point d’appui dans la formation. Quel est le modèle théologique sur lequel entendons-nous nous appuyer dans la conception et l’application de nos méthodes de formation? Il ne convient certainement pas de concevoir une vie religieuse qui reposerait seulement sur l’entrée dans des structures religieuses, l’observance des vœux et l’obéissance à une discipline, ainsi l’accomplissement des obligations qui en découlent. La vie religieuse n’a de sens que quand elle revêt une signification théologale fondamentale. L’indication de l’exhortation post-synodale Vita Consecrata, précise que la vie consacrée est une communion dont l’exigence de la fraternité traduit la confession du Dieu trine en qui nous croyons et à qui nous adhérons: «La vie fraternelle tend à refléter la profondeur et la richesse de ce mystère (l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint), en se construisant comme un espace humain habité par la Trinité, qui prolonge ainsi dans l’histoire les dons de communion propres aux trois personnes divines. Dans la vie ecclésiale, nombreux sont les cadres et les modalités d’expression de la communion fraternelle. La vie consacrée a certainement le mérite d’avoir contribué efficacement à maintenir dans l’Église l’exigence de la fraternité comme confession de la Trinité. En favorisant constamment l’amour fraternel, notamment sous la forme de la vie commune, elle a montré que la participation à la communion trinitaire peut changer les rapports humains et créer un nouveau type de solidarité» (n° 41). Ce modèle théologique est d’une extrême importance, Dieu un et trine est l’origine, le fondement et la fin de toutes choses; il est la réalité qui donne sens à l’être chrétien. C’est à son image que l’homme a été créé, et c’est à la réalisation progressive de cette image qu’il est appelé. Toutefois la seule image parfaite du Père, c’est son Fils unique Jésus-Christ (cf. He 1, 3). C’est en lui qu’à l’homme de chair et de sang est donné de devenir fils de Dieu. C’est pourquoi le modèle théologique est lié à l’aspect anthropologique et que tous les deux se rejoignent dans le visage du Fils incarné. La vie consacrée ne saurait pas avoir de densité théologale si elle n’était pas christocentrique. En fait, la question de base demeure: quel type d’homme entendons-nous former? C’est une question qui concerne la finalité de la vie consacrée. C’est l’une des urgences évoquées dès le premier congrès international post-conciliaire sur la formation: Reprendre dans toute sa force le projet de «l’homme consacré»: une personne mûre qui se laisse conduire par Dieu à l’expérience de la prière, du silence, de la charité, de l’austérité, du service apostolique (SIC, XV, n.2, p.36). Il convient de mettre cela en relief dès le départ. Le Concile Vatican II éclairait déjà en son temps que le mystère de l’homme ne s’éclaire qu’à la lumière du mystère du Verbe incarné (GS 22). La vie consacrée comporte une rupture en vue d’une introduction progressive dans la configuration de l’«homme nouveau»[3]. Dans le document sur la culture dans l’ordre, on insistait sur l’attention au tournant anthropologique qui caractérise notre temps, et qui peut glisser en tournant anthropocentrique si l’on n’y prend pas garde (De cultura Ordinis, 12). En même temps, il y était relevé que, à partir des systèmes théologiques divers, la théologie cherche à offrir une vision chrétienne de l’homme qui trouve la raison la plus élevée de sa dignité dans sa vocation à la pleine communion avec Dieu dans le Christ (n° 13). C’est la loi de l’humain et le divin ensemble qui fait conjuguer la grâce et la nature dans la formation, en ayant comme fondement et perspective l’enracinement dans la personne du Christ dont on est appelé à reproduire l’image dans le monde (cf. Rm 8, 29-30). La formation est avant tout une initiation continue à la croissance dans les sentiments du Fils à travers un tissu humain concret: «Pour chaque religieux, la formation consiste à devenir de plus en plus disciple du Christ, dans une union et une incorporation croissante à lui. Il s’agit d’avoir de plus en plus les sentiments du Christ et de participer plus profondément à son oblation au Père et à son service fraternel de la famille humaine»[4]. Au moment où le Carmel thérésien entend repartir de l’essentiel de l’évangile[5], il est important que le processus de formation ait, d’une manière consciente et claire, l’objectif d’arriver à la réalisation de l’image du Fils: «C’est une nouvelle naissance qui n’élimine pas les imperfections et les faiblesses, mais qui remet le moi à son point de départ et d’arrivée, à l’amour d’antan (cf. Ap 2,4). Elle révèle le moi à lui-même, et l’établit au centre du mystère de la vie d’où se dégage une force qui l’attire et l’unifie. Si l’inconsistance divise, ce point alpha et oméga réconcilie. Ce point central et révélateur du moi est le cœur du Christ avec ses sentiments, et le jeune doit recentrer toute sa vie et son histoire autour de ce noyau vital et chaleureux. La conversion de l’inconsistance consiste en une volonté patiente de faire tourner autour de ce Soleil chaque parcelle de vie, chaque pensée, geste, projet, affection, sentiment… pour que le jeune en soit illuminé et réchauffé, pour qu’il retrouve vie et se transforme, pour que ses scories soient brûlées dans la fournaise ardente du cœur divin»[6]. C’est sur ce modèle que toutes les réflexions post-conciliaires sur la formation ont été basées[7]. Et c’est à cette condition que le contenu de la formation carmélitaine apparaîtra comme une spiritualité humanisante à l’école de sainte Thérèse[8] pour qui les communautés étaient des «petits collèges» réunis autour du Christ et vivant selon le style de fraternité évangélique. La méthode et le contenu des exposés et discussions de ce congrès auront donc en toile de fond ce modèle théologique et anthropologique, et devront se mouvoir dans la proximité à la réalité. D’où le besoin de tenir ensemble: - Les conférences magistrales et les travaux en groupes mais aussi la connaissance mutuelle. - Le partage d’expériences mais aussi l’information sur les indications de l’Église et de l’Ordre en matière de la formation. - L’attention aux aspects humains (personne humaine, relation, etc.) sans perdre de vue le fondement christocentrique sur lequel s’appuie notre anthropologie fondamentale et psychologique: l’homme tendant continuellement à réaliser la stature du Christ (cf. Ep 4, 13). - Forum de réflexion qui se fixe d’aboutir à certaines conclusions pratiques dans le vécu de la formation dans les différentes circonscriptions. Dans une ligne carmélitaine«La configuration progressive au Christ se réalise selon le charisme et les orientations de l’Institut auquel le religieux appartient. Chaque institut possède un esprit, un caractère, une finalité et une tradition qui lui sont propres, et c’est en se conformant à tous ces éléments que les religieux croissent dans leur union au Christ»[9]. Une formation qui se veut carmélitaine doit tenir le regard fixé sur notre charisme, sur notre patrimoine spirituel, et sur la lumière que projettent nos Saints parents sur la formation. Nos saints parents Thérèse de Jésus et Jean de la Croix ainsi que nos maîtres spirituels ont été des éducateurs dans la double perspective doctrinale et méthodologique. Thérèse fut une formatrice achevée. Sa vie et ses écrits aussi bien doctrinaux, narratifs qu’épistolaires présentent des valeurs de formation dont * la prise de conscience de la gratuité de Dieu miséricordieux dans la formation; * le personnalisme qui caractérise le cheminement religieux comme un itinéraire et une croissance dans la relation avec Dieu (histoire d’une amitié); * l’importance de garder en vue la personne du Christ en tant que Verbe incarné comme lieu d’enracinement et d’appui dans toutes les expériences spirituelles y compris les plus humainement déroutantes; * la “détermination déterminée” qui trouve sa traduction dans la disposition à «faire tout ce qui est en mon pouvoir» ou «faire le peu que je pouvais»; * l’épuration des motivations pour se situer clairement dans la mission que Dieu confie à chaque famille religieuse des «con-voqués» ensemble; etc. Son charisme de formatrice transparaît aussi dans la finesse des principes qu’elle énonce clairement pour la formation aussi bien des personnes que des communautés, notamment: * fortifier d’abord les vertus humaines, puis les vertus religieuses fondamentales dans lesquelles les enseignements spirituels trouveront le soc anthropologique d’appui; * sauvegarder l’unité dans le corps éducatif pour transmettre toujours le même message à travers les relations fraternelles, l’action et la parole; * accompagner les personnes et les communautés en inspirant la confiance plutôt que la peur; * veiller à une spiritualité éclairée; * être clairvoyant et ferme dans le discernement; etc. Ce qui est vrai pour Sainte Thérèse l’est tout autant pour Jean de la Croix qui fut formateur tout au long de sa vie et le reste à travers ses écrits. Le souci pour la formation intégrale mérite une attention particulière chez nos saints et maîtres spirituels: sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, la bienheureuse Elisabeth de la Trinité, sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein), etc. L’Ordre a déjà ébauché une réflexion dans ce sens[10]; chaque formateur a intérêt à y revenir, actualiser et approfondir ce qui a été dit à ce sujet. Les conférences sur la grille des cours en formation initiale abonderont dans le même sens dans la mesure où elles indiqueront une relation encore à étudier, approfondir et soigner dans la période de la formation entre la formation humaine, la formation spirituelle et la lumière qu’y projette nos maîtres spirituels: Jean de la Croix, Elisabeth de la Trinité, Thérèse de l’Enfant Jésus, Thérèse de Jésus et Edith Stein. Il ne s’agit pas de citer des textes isolés de nos saints et maîtres spirituels, mais il faudra que ces figures de proue du Carmel soient organiquement intégrées dans le processus de formation comme de véritables formateurs dans l’articulation des différents aspects qui y concourent: une tâche bien passionnante quoiqu’ardue, dont les formateurs ne pourront se passer. Nous n’y reviendrons pas de manière systématique au cours des travaux de cette rencontre, mais toutes nos réflexions seront empreintes du souci d’intégrer le plus possible la culture carmélitaine dans le processus de la formation initiale, qualitativement et quantitativement. En plus, nous y reviendrons, du point de vue pratique de la recherche du matériel pour la formation typiquement carmélitaine en collaboration (fiches bibliographiques et publications). Collaboration: pertinence, critères, réalisationSi l’on veut atteindre un objectif, il faut qu’on s’en donne les moyens. Les objectifs et orientations dont le tableau est à peine esquissé revêtent certes une importance capitale dans la formation. Mais cela peut rester une théorie plus ou moins connue et ne pas avoir d’impact dans les décisions que les autorités provinciales et locales prennent par rapport à la formation. Tout au long du congrès, il faudra réfléchir en ayant en vue de s’acheminer vers des conclusions opératives susceptibles de faire aboutir à la formation souhaitée d’un type de carme et de communautés carmélitaines avec une identité spécifique claire. Les forces humaines présentes dans nos circonscriptions respectives se trouvent rapidement débordées par cet objectif. Il ne sera pas toujours possible de trouver du renfort dans des provinces d’origine où, généralement considéré, le nombre des vocations ne semble pas se situer sur l’indice de croissance. Il faut donc penser à l’unification des efforts, pour une meilleure efficacité. En visitant les différentes communautés d’Afrique et des îles de l’Océan indien (à part la communauté du Sénégal qui reste encore à visiter), un constat s’est imposé: l’époque des appréhensions est désormais révolue, l’heure est à l’ouverture ordonnée vers la collaboration. Le bien fondé de la collaboration est donc avant tout la volonté de réaliser plus efficacement des objectifs communs et concertés dans le domaine de la formation; sans oublier d’autres domaines notamment l’accompagnement des carmes séculiers, la pastorale de spiritualité, la formation permanente, etc. Dans cet esprit, on cherchera à relever ensemble les différents défis liés au contexte de l’Afrique et des îles (inculturation de la foi, approfondissement du charisme dans la formation, adaptation des systèmes éducatifs aux requêtes contextuelles). On voit bien que pour qu’elle soit solide et durable, la collaboration doit être concertée dans la conception (et non seulement dictée par un besoin ponctuel et unilatéral), graduelle dans l’exécution (on ne peut pas faire tout et tout de suite), solide et dynamique dans la durée. On ne doit pas en hâter les pas et accélérer le processus, mais l’avoir en vue et laisser mûrir le processus. La collaboration, outre l’efficacité dans la formation qu’elle aiderait à rejoindre, contribuerait à une prise de conscience et une constitution progressive d’une conférence OCD embrassant la région de l’Afrique francophone et les îles de l’Océan indien dans un premier moment, et pourquoi pas tendant vers une voix africaine et malgache unifiée sous forme de coetus africanus lors des chapitres généraux ou définitoires extraordinaires. Il n’est pas tôt d’avoir cela en vue comme vision du futur. Par la force des choses, quelque chose a été fait et est en train de se faire en matière de collaboration: le Madagascar avec le Cameroun; le Congo avec la RCA et bientôt l’Ouganda; l’Afrique de l’Ouest avec le Cameroun. Il faut s’acheminer petit à petit vers une collaboration plus organique. Un jour viendra où l’on pourra discuter et décider de la forme concrète à donner aux premiers pas de ce type de collaboration. Toutefois, rien n’empêche qu’on puisse entrevoir d’en poser les jalons dans un proche avenir. En guise d’exemple, on pourrait penser à des situations qui pourraient favoriser: * des visites mutuelles de la part des responsables dans des circonscriptions autres que la leur; * des séjours de l’un ou l’autre jeune (en formation initiale ou déjà profès solennel) pour une expérience communautaire et pastorale en une circonscription autre que la sienne; * des lieux de rencontres (pôles de regroupement) pour une connaissance mutuelle et une formation carmélitaine sous forme de sessions pour nos jeunes, surtout pendant les grandes vacances. Un projet de publicationsUn exemple de possibilité immédiate de collaboration est le projet de publications d’écrits (introductions ou synthèses) concernant notre spiritualité. C’est en quelque manière une application du numéro 107 du document capitulaire: «Au niveau culturel, et pensant à la diffusion de notre spiritualité, il nous faut promouvoir en chaque circonscription la traduction des œuvres de nos auteurs spirituels en diverses langues et y collaborer éventuellement de façon économique dans les pays de mission» Le projet de traduction en langues locales sera aussi soutenu au besoin par le Secrétariat Général pour les missions, notamment en aidant dans le processus de recherche du financement. Le projet que nous entendons soumettre dès maintenant à la réflexion des uns et des autres en vue d’une discussion ultérieure vers la clôture du congrès concerne plutôt la publication des introductions et des synthèses utiles pour la diffusion de notre spiritualité. L’idée d’un tel type de publications provient du besoin de mettre à la disposition des différentes maisons de formation en Afrique francophone et dans les îles de l’Océan indien des instruments de présentation de notre charisme et spiritualité. Souvent dans des maisons de formation, on se heurte à la difficulté de trouver de bonnes introductions et synthèses simples en langue française, facilement accessibles aux formateurs et aux jeunes. Ou le prix est trop élevé ou les instruments les plus adaptés ne sont pas disponibles en français. Certes, l’utilité du projet est susceptible de déborder le cadre initial de la formation au besoin duquel il est censé répondre en raison de l’intérêt que les publications représenteront auprès des monastères, des instituts affiliés à l’Ordre, des Carmes laïcs, d’autres religieux et religieuses, du clergé, et de tous ceux qui s’intéressent à la littérature spirituelle e Afrique. Le premier objectif du projet est avant tout celui de mettre à la portée des carmes et des carmélites des instruments pour la formation aussi bien initiale que permanente. Ce côté formatif et contextuel inclut l’incitation aux générations montantes de carmes africains et de malgaches à se former dans la doctrine carmélitaine thérésiano-sanjuaniste, à y prendre du goût, à sentir le besoin d'en amorcer une lecture contextuelle, et pourquoi à en envisager modestement des publications résultant d’une assimilation locale de notre spiritualité. C’est dans l’assimilation et l’expression de notre charisme par les carmes d’Afrique et du Madagascar que se réalisera le mieux l’inculturation de notre charisme dans en Afrique et dans les îles de l’Océan indien. Pour réaliser cet objectif, on procéderait à l’établissement d’un inventaire des publications accessibles et existantes déjà en français. Ensuite, on envisagerait la traduction des publications intéressantes disponibles en d’autres langues moyennant l’autorisation préalable des auteurs et des maisons d'édition. Le lieu d’impression serait l’Afrique. Que des traductions soient faites en Afrique et pour l'Afrique, avec l'implication de ceux qui sont sur place, répond à plusieurs soucis, notamment: - pouvoir bénéficier d’une impression peu coûteuse; - plus d’accessibilité des publications aux premiers destinataires; - avoir facilement l’autorisation des maisons éditrices; - inculquer aux forces montantes des carmes d’Afrique et des îles la culture du livre (lecture, travail d’impression et publication, diffusion). La responsabilité directe du projet reviendrait avant tout aux diverses circonscriptions OCD d’Afrique francophone et du Madagascar. Il leur revient de prendre en charge l’exécution du projet. Chemin faisant, le soutien des moniales de l’Association Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus des carmels francophones d’Afrique nous a été assuré par la présidente actuelle, la Mère Thérèse Marguerite. Les carmels des îles de l’Océan Indien pourraient aussi être intéressés, sans oublier les fraternités de l’OCDS. Et le Centre de l’Ordre? Il rentre dans le travail du Définiteur chargé de l’Afrique et de l’Océan indien d’animer tous les secteurs de la vie carmélitaine. Le secteur précis de la formation y tient une place de choix. C’est pourquoi le Centre de l’Ordre a. encourage le lancement du projet et la diffusion de l’information y relative; b. aidera dans le rassemblement du matériel et au besoin en fournissant certaines indications bibliographiques. Concrètement, pour déblayer le terrain à la réalisation éventuelle de ce projet, des dialogues ont été déjà menés entre le définiteur chargé de l’Afrique et du Madagascar et les confrères de la Côte d’Ivoire d’une part, entre ceux-ci et les Filles de saint Paul d’Abidjan (Yopougon) d’autre part. Le contrat n’est pas encore conclu. On en est à la phase des premiers contacts. De toutes façons, il s’agit de la préparation d’une collection de Spiritualité carmélitaine. Les Paulines s’engageraient à mettre nos publications dans leur catalogue et à assurer la diffusion d’un certain nombre d’exemplaires; tandis que le coût serait à la charge des auteurs. Pou le moment, deux manuscrits sont disponibles. D’abord, l'Introduction aux Demeures du père Maximiliano Herraíz. Puis, l’introduction doctrinale aux écrits de Sainte Thérèse d’Ávila du père Jesús Castellano, publiée dans la grande introduction collective à la lecture de Sainte Thérèse publiée par la EDE à Madrid (IIè éd. 2002); elle est déjà traduite et l’autorisation de sa publication a déjà été obtenue auprès du directeur de la EDE de Madrid, moyennant certaines conditions dont le copyright appartenant à la EDE clairement mentionné et la remise de six exemplaires à la sortie du livre. La Mère Thérèse Marguerite est en tractations pour obtenir des éditions du Cerf l’autorisation pour la réimpression de L’oraison, histoire d’une amitié. Si elle l’obtenait, elle chercherait les fonds pour sa publication. Une fois assurée de la diffusion, elle n’hésiterait pas à collaborer. Personne n’en tirera un profit lucratif autre que celui de mettre en marche et faire fonctionner un service de publications carmélitaines en Afrique et au bénéfice prioritaire mais non exclusif des carmes et des carmélites d’Afrique et de l’Océan indien. Il est donc demandé d’en discuter la pertinence. Une fois celle-ci convenue, on pourrait penser à la création d’une petite commission pour cela. Les membres de celle-ci travailleraient en commun sous la direction d’un coordinateur, pour - le choix des livres à publier, - la concertation dans le travail à faire et les décisions à prendre, - la relation avec la maison éditrice, - la diffusion des livres dont le rendement garantirait la continuité du projet. Continuez à y réfléchir pendant ces jours, nous y reviendrons avec les supérieurs majeurs présents ici.
[1] Cf. VATICAN II, Perfectae Caritatis, 18; CIVCSVA, Éléments essentiels de l’enseignement de l’Église sur la vie religieuse, 1983, 44-48; CIVCSVA, Directives sur la formation dans les Instituts religieux, 2; Jean-Paul II, VC 65; Jean-Paul II, Ecclesia in Africa, 50. [2] Dans le document du Chapitre de Campiglioni (1979), il était dit: «La vitalité de notre Ordre et le service qu’il rend à l’Église dépendent essentiellement de la promotion et de la formation des vocations. …Ce sera toujours une tâche primordiale que la formation de nos religieux depuis le postulat et le noviciat jusqu’à la profession solennelle»: Sur le chemin de notre rénovation, Campiglioni 1979, nn. 28-29. Lui faisant écho, comme par inclusion à vingt-cinq ans d’écart, le document du Chapitre Général de 2003 renchérit: «la formation et le renouveau de la vie fraternelle en communauté continueront d’être l’une des priorités de l’Ordre si nous voulons demeurer fidèles au charisme du Carmel thérésien»: En marche avec s. Thérèse de Jésus et s. Jean de la Croix, repartir de l’essentiel, Rome 2003, n° 70. [3] «Le jeune doit comprendre que la formation l’introduit dans un monde nouveau de significations et de valeurs. C’est un processus qui le fait entrer progressivement dans la terre promise, après la traversée du désert purifiant de l’éducation. Autrement dit, la proposition de la consécration à Dieu représente quelque chose d’inédit et de surprenant. Le Christ est une nouvelle réalité qui rompt avec le passé; sa parole déconcerte et ouvre des horizons insoupçonnés, son appel donne des vertiges, la rencontre avec Lui fait tomber du cheval, si bien que celui qui n’est pas touché par Lui n’a rencontré que ses fantasmes»: A. Cencini, Les sentiments du Fils. Le chemin de formation à la vie consacrée, Éd. Du Carmel, Toulouse 2003, 215-216. [4] CIVCSVA, Éléments essentiels de l’enseignement de l’Église sur la vie religieuse 45; le but de la vie consacrée est de «s’approprier progressivement les sentiments du Christ envers son père»: Jean-Paul II, VC 65; A. Cencini, Les sentiments du Fils, 30-32. [5] Document capitulaire En marche avec s. Thérèse de Jésus et s. Jean de la Croix, repartir de l’essentiel, Rome 2003, nn.18-29 [6] A. Cencini, Les sentiments du Fils, 208-209. [7] Cela apparaît clairement dès le document du Chapitre Général de Campiglioni qui, en 1979, recommandait une réflexion au niveau de tout l’Ordre sur la Ratio Institutionis, juste après tout le travail d’élaboration des constitutions actuelles alors approuvées seulement ad experimentum: « Pour que notre rénovation se réalise en vérité et progresse toujours par un chemin sûr, nous devons placer le Christ au centre de notre expérience et considérer à travers lui la réalité de l’homme. …En résumé, pour comprendre la réalité du monde qui nous entoure, il est absolument indispensable de porter toute notre attention sur l’homme et sur le Christ. …Nous marchons sur ses pas. Nous devons le rendre présent parmi les hommes comme Sauveur du monde, en adhérant à sa Parole, à sa Croix, à sa Résurrection»: Sur le chemin de notre rénovation, nn. 10-11. [8] Document capitulaire 2003, nn.45-46. [9] EE, 46. [10] Cf. SIC XV, 2 (1982), pp. 42-44.
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