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LECTEURS ACTUELS DE LA BIBLE, QUELS PROBLEMES RENCONTRES-TU DANS SA LECTURE APRES QUARANTE ANS DE LA PUBLICATION DE LA CONSTITUTION DOGMATIQUE DEI VERBUM ?
La Bible dit-elle la vérité ? C’est la question que nous posons dans un de nos prochains livres à paraître aux éditions Verbum Bible et il nous est apparu que la réponse n’est pas simple ; suivant les personnes et leurs conceptions philosophiques conscientes ou inconscientes, la notion de vérité ne recouvre pas la même réalité. Lorsque l’amoureux appelle sa bien-aimée « mon petit canard », l’homme pétri par la conception positiviste et scientiste dira que c’est faux ; le poète, lui, dira que c’est vrai car la métaphore permet d’exprimer une profondeur de sentiment que ne révélerait pas l’expression « femme ». Dès lors, le plus vrai est-il « femme » ou « petit canard » ? Le problème premier rencontré par les lecteurs actuels de la Bible est l’écart culturel immense qui le sépare de la civilisation dans laquelle elle est née. La représentation du monde telle que nous la percevons dans les récits de la création est loin des descriptions actuelles faites par les astrophysiciens. La conception de l’homme est elle-même très différente. Dans le monde sémitique, l’homme forme un tout animé par l’esprit mais le corps n’est pas la prison de l’âme. Le langage est lié à la culture. Vouloir lire la Bible comme si elle était contemporaine ne peut mener qu’à des contresens. Par ailleurs, les croyants ont bien du mal à saisir en quoi la Bible est Parole de Dieu. La conception judéo-chrétienne de la révélation ne doit pas être confondue avec la conception de l’Islam ; la Bible n’a pas été dictée par Dieu mais inspirée par Dieu. Cela veut dire qu’elle n’est pas de soi une parole universelle et intemporelle. La Parole de Dieu se donne à entendre au travers de paroles humaines situées dans une culture et dans une histoire particulières. Beaucoup de lecteurs inconsciemment souhaiteraient pouvoir accéder à un enseignement universel et atemporel. Telle n’est pas la Bible : c’est dans l’histoire d’un peuple et dans la personne de Jésus de Nazareth que Dieu s’est révélé. L’écart culturel entre le monde de la Bible et le nôtre peut être un obstacle mais il doit être considéré aussi et surtout comme une chance. Car c’est cet écart qui permet aux hommes d’aujourd’hui d’entrer en un dialogue fécond avec la révélation biblique. Sans cela, les lecteurs actuels risqueraient de se contenter de projeter leurs propres convictions sur les textes de la Bible, faisant de la Bible le simple miroir d’eux-mêmes. C’est ce qui se passe dans la lecture fondamentaliste. En ce qui concerne le récit des événements, un autre obstacle majeur se dresse pour les lecteurs contemporains. Dans la culture du temps de la Bible, il n’y a jamais séparation entre récit des événements et interprétation de ceux-ci. Dans nos civilisations modernes, par contre, il y a distinction : les journalistes rapportent des événements à chaud (la guerre du Kosovo – les massacres du Timor oriental – le génocide du Ruanda, par exemple) puis les historiens interprètent ces événements, les situent dans l’histoire et en tirent les conséquences. Prendre les récits bibliques pour des comptes-rendus journalistiques à chaud, c’est se condamner à ne pas les comprendre. En fait, la plupart du temps, les lecteurs de la Bible appliquent à celle-ci des critères de vérité venus tout droit du positivisme de la fin du siècle dernier mais étrangers à l’espace culturel de la Bible ; puisqu’elle est sensée transmettre la Parole de Dieu, tout ce qu’elle raconte doit s’être passé exactement comme c’est raconté. Nos civilisations actuelles nous donnent pourtant des exemples d’écriture de l’histoire beaucoup plus proches de l’univers culturel biblique qu’il n’y paraît au premier abord. Par exemple, l’historien Fernand Braudel (Le Monde actuel, histoire et civilisations, Paris, 1963) a profondément modifié l’enseignement de l’histoire : au lieu de se contenter d’une description des événements, il a mis au premier plan l’interaction entre passé et présent. Le lecteur de la Bible peut avoir l’impression que celle-ci raconte de belles histoires mais celles-ci n’ont aucun lien avec la réalité. Il lui est alors demandé une conversion du regard pour découvrir comment, dans toutes les civilisations, la vérité de l’histoire ne peut être approchée que par la médiation d’écrivains de génie qui donnent à voir l’essentiel par la production artistique. Sinon, ou bien il rejettera l’ensemble des récits bibliques jugés sans lien avec le réel, ou bien il fera une lecture fondamentaliste après abandon de toute rationalité. Dans les deux cas, la Bible est trahie. Père Valentin NTUMBA KAPAMBU, OCD Theresianum Pères Carmes Déchaux Kintambo Jamaïque;
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