Ils sont venus un matin, main dans la main, frapper à la porte du Père curé de la Paroisse Notre Dame de FATIMA. Ils sont venus exprimer le désir brûlant qui les habite et qui habite leurs cœurs qui ne battent que pour cela : ils veulent se marier religieusement. Ils, c’est Pierre Sekamana et Sarah N’ntezimana. Comme on peut
se l’imaginer, le curé ne s’est pas opposé à leur désir profond. Loin s’en faut !
Seulement voilà : à les voir tous les deux, ils paraissaient très jeunes. Le curé, pour avoir le cœur net, a posé la question de savoir quel âge avait chacun. Tenez : À la fin du mois de janvier de l’année en cours, le 28, Pierre totalisera 24 ans et Sarah a déjà totalisé 18 ans le 23 décembre l’an passé.
Habitué qu’il est à assister les mariages des quadragénaires et de quinquagénaires et ceux des vieux couples, le curé a demandé au jeune couple de revenir le lendemain, le temps pour lui de se renseigner et de fouiller le Code du Droit Canonique pour voir si à cet âge il peut bien accorder à ces jeunes de se marier religieusement. Le curé, après avoir scruté minutieusement le code, a poussé un Ouf ! de soulagement.
Le code de droit canonique est venu à son secours et c’est le canon 1082 §1 qui a répondu à son inquiétude : « L’homme ne peut contracter validement le mariage avant 16 ans accomplis et la femme de même avant 14 ans accomplis ». Il s’agit-là d’un des cas d’empêchements dirimants en particulier le mariage.
Puisque l’âge canonique pour le mariage religieux est trouvé, plus rien ne pouvait donc empêcher la publication des bancs de ces jeunes, même si dans l’assemblée cette annonce a fait l’effet d’une bombe sur les uns et a fait frissonner les autres. Certaines langues s’étaient spontanément déliées arguant que ces jeunes n’ont pas encore de « l’expérience », que ces jeunes n’avaient pas encore fait « la
vie » pour s’engager très vite comme ça ! Mais ces commentaires n’ont pas pu avoir le dessus.
Les enseignements sur le mariage ont été donnés. Le Père René ne s’est pas fait supplier pour accompagner le jeune couple. Et le mariage est fixé au dimanche après le Baptême du Seigneur. C’est à 10 heures, sous une douce pluie que le couple est accueilli à l’entrée de l’Eglise par le curé lui-même qui a accepté volontiers de présider cette célébration riche en couleur.
Cette célébration, il faut le dire, a attiré pas mal des curieux qui ont voulu « voir » de leurs propres yeux qui était ce couple si jeune pour s’engager ainsi, sans désemparer, devant Dieu et devant les hommes par le lien du mariage. Les curieux et les sceptiques ainsi que les croyants, tous, ont assisté à ce mariage tant attendu, du début à la fin. Tout s’est déroulé dans une ambiance de solennité. Le mariage
a bel et bien eu lieu et a été célébré selon les normes de l’Eglise catholique romaine.
Pour la petite histoire, ces jeunes sont venus du Rwanda. L’un de Kigali, l’autre de Ruhengeri. Ils font partie de ce peuple qui a fui les affres de la guerre. A leur arrivée au Congo Brazzaville, Dieu seul sait comment, Pierre avait 12 ans et Sarah, 7. Tous les deux se sont rencontrés dans le camp des réfugiés à une trentaine de kilomètres de Brazzaville, à Kintélé. Dans ce camp, Pierre était un servant de messe
tandis que Sarah, une majorette. C’est là que tout a commencé. C’est là, le berceau de leur amour. Soulignons aussi que Pierre a été, pendant un temps, servant de messe à la Paroisse Notre Dame de Fatima.
Une dernière note pour finir ces lignes : cette année, le Père Jean-Marie, curé de la Paroisse Notre Dame de FATIMA totalisera 10 ans de sacerdoce et c’est pour sa toute première fois d’assister à pareil mariage. C’est donc une grande première pour lui et pour tant d’hommes et des femmes de Brazzaville. Ce prêtre concélébrant qui, pendant la célébration a lancé ces mots : « C’est
un défi pour les Brazzavillois » n’avait pas tort. Et cet autre qui a qualifié ce mariage du « mariage du siècle » a trouvé des mots justes.