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MARIE MADELEINE ET L’AUTRE MARIE : MESSAGERES DE LA VIE ET DU PARDON
Nous célébrons en cette nuit de Pâques la mère de toutes les veillées. Et la liturgie de la Parole de cette veillée évoque le cheminement de l’humanité, depuis la création du monde jusqu’à la mort et la résurrection du Seigneur. - Les évangélistes (Matthieu, Marc, Luc et Jean) nous apprennent que la résurrection a eu lieu le lendemain du sabbat, jour du repos pour les Juifs. - Après avoir observé le repos sabbatique, Marie Madeleine et l’autre Marie, des femmes ayant accompagné Jésus dans son ministère terrestre en Galilée et ayant été témoins de sa passion, de sa crucifixion et sa mort, sortent de leurs maisons et se rendent au tombeau de Jésus. * Le motif de leur déplacement, c’est rendre visite au tombeau de Jésus. Sa résurrection ne leur viendrait pas à l’esprit. * Cette visite est commandée par l’amour de Jésus = Les femmes se demanderaient avec saint Paul : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La mort ?... » (Rm 8, 35-39). = Ces mêmes femmes diraient avec l’auteur du Cantique des Cantiques : « Les grandes eaux ne pourront éteindre, ni les fleuves emporter l’amour » (8, 7). Ni la mort ni le shéol ni les grandes eaux ni les fleuves, rien ne peut éteindre l’amour. La bien-aimée du Cantique envisage tout ce qui au monde pourrait prétendre menacer son amour pour le bien-aimé. L’amour du bien-aimé est plus fort que la mort. Virgile disait : « L’amour triomphe de tout ». - A l’approche de ce tombeau, les femmes voient : * Un tremblement de terre : dans la Bible, c’est le signe que Dieu va intervenir (Cf. 1 R 19, 11-13) * Un ange du Seigneur = Il est descendu du ciel, il vient de Dieu = Il est vêtu en blanc, il a un aspect fulgurant. Dans Dn 10, 6, le visage du Fils de l’homme a l’aspect de l’éclair. £ Le vêtement, chez les Juifs, désigne la personne même. Il est blanc comme la neige. Selon le livre de Daniel, Dieu qui siège sur le trône a un vêtement blanc comme la neige (7, 9). Le vêtement blanc désigne la gloire divine chez les anges. La couleur blanche indique donc que l’ange appartient au monde divin. £ Ce qui confirme que les femmes sont en présence du divin, c’est l’effroi qu’éprouvent les gardes placés par les autorités juives pour le contrôle du tombeau. Et ses gardes « devinrent comme morts », c’est dire que « nul ne peut voir Dieu sans mourir ». = Il roule la pierre sur laquelle il s’assit £ L’objet du geste « rouler » est de manifester que le tombeau est vide. £ La pierre, signe de la mort implacable, il l’écarte et il s’assit sur la mort vaincue. Dieu triomphe des obstacles mis par les hommes. = Il dit aux femmes : £ « N’ayez pas peur, vous, comme les gardes du tombeau » £ « Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié » L’ange montre de connaître l’intention des femmes au tombeau. Il se révèle omniscient. Il connaît les intentions, les soucis, les préoccupations et les problèmes des hommes. Le souci majeur des femmes est de trouver le Crucifié. £ « Le Crucifié n’est pas ici… » Désormais, le Crucifié fait partie des réalités du monde de la vie à jamais. Il se trouve dans une autre condition. £ « Le Crucifié a été ressuscité (sous-entendu par Dieu) » Dieu révèle ce qu’il a accompli. La nouvelle vient de Dieu : le Jésus que vous avez vu crucifié est vivant. C’est dire que la résurrection est une victoire sur la croix. Le tombeau est vide, car Jésus est ressuscité. C’est l’explication du tombeau vide que l’ange donne aux femmes. Elles entendent pour la première fois la bonne nouvelle qui sera au cœur de la prédication et de la foi chrétiennes. Elles n’ont pas pu arriver par elles-mêmes à cette compréhension de foi. Il a fallu une révélation de Dieu. A l’origine du témoignage « Jésus est ressuscité », il y a une intervention de Dieu qui rend les hommes capables de comprendre et de s’approprier dans la foi « ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme » (1 Co 2, 9). Cette révélation « Jésus est ressuscité » s’appuie sur les paroles de Jésus : « Comme il l’avait dit » (v. 6). Cette résurrection avait été annoncée par Jésus lui-même. £ « Allez dire vite à ses disciples : il est ressuscité d’entre les morts » + Le témoignage des femmes va répercuter la révélation divine. + Les femmes vont témoigner auprès de ceux qui se disent les « témoins de la résurrection » (Ac 1, 22). + Les femmes croient en la résurrection de Jésus. Elles ne font pas que répéter l’explication du tombeau qui leur a été transmise. Ce qui indique qu’elles croient, c’est leur réaction : « Quittant vite le tombeau, craintives et pleines de joie, elles coururent porter la bonne nouvelle aux disciples » (v. 8). Elles ont la joie qu’éprouvèrent les mages retrouvant l’étoile (Lc 2, 10) ou l’homme qui a découvert le trésor (Lc 13, 44). Le tombeau n’est plus, pour elles, un lieu de tristesse et de lamentation pour la mort, mais de joie et de louange pour le Ressuscité. + Les femmes vont partager leur foi. « La foi vient de ce que l’on entend », dit saint Paul. A la résurrection de Jésus je ne pourrai jamais croire si personne ne me le dit. Personne ne pourra jamais dire que Jésus a vaincu la mort, s’il ne l’entend d’abord d’un témoin humain. Le message angélique – la révélation divine – n’atteindra les Onze que si les femmes en témoignent. A tel point que si, les femmes et les Apôtres n’avaient témoigné, il n’y aurait jamais eu de foi, en tout cas pas de foi consentie et explicite. Si les femmes et les Apôtres n’avaient pas témoigné, nous ne serions pas là, vingt siècles après, pour confesser cette certitude bouleversante et inouïe. + A ce témoignage des femmes, il faut que s’ajoute, pour chacun en particulier, la rencontre du Ressuscité lui-même. Il ne suffit pas, pour croire, de connaître la révélation de Dieu et son intervention dans la vie de Jésus : « Dieu l’a ressuscité des morts ». Pour adhérer à cette révélation, il faut l’intervention, la rencontre du Ressuscité lui-même. C’est pourquoi l’ange dit aux femmes de transmettre ce message aux Apôtres : « il les précède en Galilée : là ils le verront » (Mt 28, 7). En rencontrant les femmes, Jésus confirme ses paroles de l’ange : « Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront » (Mt 28, 10). Jésus veut rencontrer ses disciples dans la ville cosmopolite – Galilée des nations – où ils furent appelés autrefois, et le tissu fraternel de la foi va se reconstituer. Jésus les précède en Galilée. Précéder, c’est l’attitude typique du maître à laquelle correspond le « suivre » des disciples. Dire qu’il les « précède » signifie que le Ressuscité veut être leur maître. Les disciples sont invités à le suivre de nouveau. On voit qu’il remet leur faute et enlève la séparation. Le Ressuscité n’appelle pas de nouveau ses premiers disciples, il leur accorde le pardon de leur faute. Ce qui caractérise la Pâque, c’est le pardon. Pâque, c’est une heure de pardon. Les femmes sont ainsi les messagères du pardon. Même s’ils l’ont abandonné, ils l’ont fui, ils ont rompu la communion avec lui, ils se sont séparés de lui, ils restent et demeurent ses frères. Il leur accorde le pardon et la réconciliation. Il se révèle le berger venant rassembler ce qui était dispersé. C’est un motif de joie, de confiance et d’encouragement pour tout croyant qui aurait trahi et abandonné son Seigneur. = Pourquoi l’ange ne s’est-il pas adressé directement aux disciples sans passer par les femmes ? Voici quelques raisons : £ Les disciples ont fui. Leur réaction les rend indisponibles. Pour les atteindre, l’ange a besoin de la médiation des femmes. Le Seigneur n’a-t-il pas besoin de notre médiation pour atteindre telle ou telle catégorie de personnes ou pour leur communiquer la grâce ? £ La femme est symbole d’humilité, d’accueil et réceptivité, etc. Ceci les prédispose à s’ouvrir à un tel message venant de Dieu. £ La femme est porteuse de la vie. Elle donne la vie. C’est ainsi qu’elles sont les messagères de la vie, de la victoire de la vie sur la mort. Soyons des défenseurs de la vie ! La victoire de Jésus de sur la mort et les forces du mal est le paradigme de toutes nos victoires quotidiennes. Pâque veut nous apprendre que ce ne sont pas les hommes qui ont le dernier mot de la vie, mais Dieu. Ecoutons ces paroles de saint Grégoire de Nazianze sur Pâque :
Le Christ est ressuscité d’entre les morts Levez-vous, vous aussi ! Le Christ qui dormait s’éveille, Eveillez-vous, vous aussi ! Le Christ sort du tombeau, Libérez-vous des chaînes du péché ! Par le Christ, vous êtes devenus une créature nouvelle, Renouvelez-vous ! C’est la Pâque du Seigneur, C’est le temps de la Résurrection et le commencement de la vraie vie… Hier, attaché à la Croix avec le Christ, Je suis glorifié aujourd’hui avec Lui ! Mourant hier avec Lui, Aujourd’hui avec Lui, je reviens à la vie. Enseveli hier avec Lui Aujourd’hui avec Lui je ressuscite. Le Christ, qui est ressuscité des morts, me renouvelle moi en esprit et me fait revêtir l’homme nouveau. Père Valentin NTUMBA KAPAMBU, OCD
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