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MESSAGE AUX CARMES DE LA DÉLÉGATION GENÉRALE DU CONGO
1. Salutations Chers confrères, Je me tro J’ai maintenant la joie de vous rencontrer et de vous accompagner en ce moment important de votre cheminement en tant que Délégation Générale. En accord avec les désirs
manifestés par les représentants de l’Afrique au Chapitre Général
d’Avila en 2003, ce même Chapitre a décidé d’élire un Définiteur
responsable pour l’Afrique parce que le développement du Carmel en
Cette nécessité pour toute l’Afrique et spécialement pour la Délégation Générale de la République du Congo provient de du développement rapide de la Délégation en terme quantitatif. Le grand nombre génère nécessairement des problèmes spécifiques. La seconde raison est la jeunesse du Carmel en Afrique et particulièrement de votre Délégation Générale. Cela autant quant à la création de la Délégation que de l’âge effectif des membres de la Délégation. La croissance rapide ne permet ni la préparation souhaitable ni une expérience suffisante face à la réalité et les situations nouvelles. Nous devons ajouter un troisième facteur: la provenance diverse des membres de cette présence carmélitaine au départ. Les vocations furent accompagnées par des formateurs et supérieurs n'ayant pas suffisamment de critères communs étant des missionnaires de différentes Provinces. Cette constatation ne veut pas amoindrir le grand mérite des formateurs et supérieurs qui ont oeuvré avec courage, confiance et un grand esprit de sacrifice. Nous essayons simplement de comprendre les difficultés qui ont fait souffrir tous les intervenants. Nous voulons surtout réfléchir ensemble et collaborer dans un esprit de responsabilité fraternelle en regardant vers le futur.
Nous avons l'intention d’accompagner votre Délégation et tout le Carmel en Afrique avec une attention particulière. Cette attention privilégiée est encore plus justifiée en votre cas, car vous relevez directement du Définitoire tandis que d’autres Circonscriptions se trouvent sous la juridiction d’une Province déterminée. Cet accompagnement doit se faire dans un climat de confiance et de dialogue sur la base de critères communs de la vie religieuse en général comme de notre charisme propre. Il est nécessaire d’avoir une vision commune et une intégration personnelle de nos valeurs religieuses. Nous savons bien qu’une personne ou une communauté si elle ne partage pas cette vision et si elle n’assume pas intérieurement ces valeurs ne pourra pas, par exemple, faire siennes les décisions de l’autorité compétente, elle n’entrera pas dans la "normalité" tant de la vie religieuse proprement dite que celle plus particulière au charisme. Finalement la vie doit naître à partir de l'intérieur, la vocation doit s’épanouir de ‘'intérieur. Les autres actions, les interventions des tiers servent à protéger et à permettre cette naissance et cette croissance. À ce propos, je me réjouis du fait que le Définiteur responsable de l’Afrique soit un africain. Avec lui vous pouvez dialoguer en "syntonie" et quant à moi, je le rencontre avec confiance et franchise. Cette collaboration sincère doit se vivre entre tous et même plus profondément encore en votre cas pour les motifs susmentionnés ainsi que tenant compte des événements récents qui sans aucun doute sont présents à votre coeur. Tous, nous cherchons à implanter profondément le Carmel en votre grand pays pour le bien de l’Église de Jésus et pour le bien de votre peuple. À l’occasion de cette rencontre qui se veut un échange avec vous, je voudrais en ce message rappeler quelques points que je considère aujourd’hui autant pour moi que pour la communauté du Carmel d'une importance capitale, des points fondamentaux et décisifs. 2. Jésus et son évangile La lettre apostolique Novo Millennio Inuente nous invite à "contempler le visage du Christ" (16). Auparavant, le Concile Vatican II, à propos de la vie consacrée, avait insisté à plusieurs reprises sur son aspect fondamental d’engagement à la suite de Jésus, en disant: "la norme ultime de la vie religieuse est de suivre le Christ" (PC 2). Cela semble une évidence parce que nous sommes chrétiens. Mais il s’agit justement de ne pas supposer cela comme une chose acquise. Aujourd'hui, lorsque nous méditons sur la vie religieuse et disons que nous devons retourner à Jésus et son évangile, nous ne voulons pas dire: nous re-souvenir de quelque réalité déjà sue que l’on suppose acquise, toujours présent et au présent de notre histoire et que l’on se remémore pieusement. Nous nous rendons compte et nous affirmons que ce type de référence à Jésus-Christ et à son évangile n’est pas suffisant. De fait, le lien au Christ et à son évangile est-il toujours le véritable critère des options et décisions tant des personnes que des communautés? Si le référence à Jésus-Christ et à son évangile n'est pas aujourd'hui pour les personnes comme pour les communautés le critère des options et décisions, la référence de nos vies et de nos engagements, alors notre vie religieuse est hors de son axe fondamental. La lecture attentive des évangiles, leur étude, et leur méditation dans la prière nous permettent de recueillir les traits fondamentaux de Jésus. Il apparaît clairement comme une personne libre vis-à-vis de tout et à l’égard de tous ceux qui peuvent mettre des obstacles à sa mission d’annoncer la Bonne Nouvelle du Père: pression sociale et religieuse, famille et amis, pouvoir politique et religieux. Il est libre parce qu’il aime tous les hommes et vit pour les servir, en particulier les plus pauvres et les plus nécessiteux, afin de les libérer de tout esclavage. En tout moment de sa vie, il est en communion avec le Père. Il enseigne à ses disciples à prier le Père avec la confiance des fils. Toute sa vie est marquée par la prière. La liberté de Jésus provient de cette communion avec le Père, expérimentée comme Celui qui aime les hommes et qui défend leur dignité. Jésus est la personne qui vit pour les autres. Il se situe du côté des exclus de la société. Il dénonce toutes les divisions qui proviennent des relations de production, de race et de religion, divisions qui contredisent la volonté du Père et à cause desquelles beaucoup de gens étaient marginalisés, laissés de côté, sans espérance d’une vie meilleure. Il propose un ordre nouveau: Il révèle un Dieu-Père, appelant à vivre en frères et soeurs. Il unit l’amour de Dieu et l’amour du prochain, et il demande que le pouvoir soit exercé comme un service. Il est libre et fidèle dans l’amour jusqu’à la mort. La vie et la mort de Jésus montrent comment était, ce qu’était sa liberté. Une liberté ouverte et engagée, une vie donnée pour les autres. En Jésus, il n’y a aucun conflit entre la communion avec le Père et son engagement en faveur des hommes. En fait, on peut dire que le Royaume qu’il prêche et veut réaliser est cette communion même qu’il vit avec le Père. Son Père est le Père de la justice et de la fraternité. La vie chrétienne est une marche à la suite de Jésus, une vie avec Jésus, accueillant son élan (son esprit). Pendant la vie terrestre de Jésus, divers groupes l’ont suivi. Et aujourd'hui la vie consacrée est un mode parmi d’autres de suivre Jésus, un mode qui doit témoigner de lui et manifester un engagement sérieux en le suivant. Ainsi, saint Jean de la Croix avait vu juste lorsqu’il écrivait en ces termes à la communauté de carmélites de Cordoue: "Donnez à comprendre ce que vous professez, le Christ purement et simplement, afin que celles qui se sentiraient appelées sachent avec quel esprit elles doivent venir" (À Marie de Jésus, 18 juillet 1589). Dans le Carmel Thérésien, d’après l’expérience et la doctrine de nos parents et de nos saints, le Christ est le centre de la vie et de la communauté: C’est Lui qui "nous a réunies ici" et "nous a conduites ici", dit Sainte Thérèse à ses filles et soeurs (CV 8,1-3). La communauté surgit parce que le Seigneur nous appelle et nous rassemble pour qu’on se donne à lui ensemble: "en nous donnant toutes au Tout, sans rien nous réserver" (CV 8, 1). Il est le Christ de l’expérience contemplative et mystique, et il est le Christ des évangiles. 3. Notre vie à la suite de Jésus Nous voulons, selon l’idéal thérésien et les exigences de notre époque, former des petites communautés priantes, fraternelles et engagées dans l’annonce de l’évangile. Les petites communautés de ce type, proches de la réalité, sont appelées à devenir signes de la présence de Dieu au coeur de l’histoire et du monde. A. Communautés priantes Même si nous savons que l’esprit, l'âme de la prière, ce qui détermine l’authenticité de la prière est une réalité qui est de l’ordre de l’être, de la communion profonde avec le Seigneur, il est nécessaire de favoriser une fidélité renouvelée aux temps forts de prière personnelle et liturgique pour grandir dans l’attitude contemplative qui nous permettra d’expérimenter Dieu dans toutes les circonstances, et nous conduira à une contemplation engagée, témoignant et proclamant la présence de Dieu dans notre histoire. Nos communautés centrées sur Dieu, sur Jésus, sur notre Père, sur la Trinité, doivent être des écoles d’oraison qui transforment progressivement leurs membres en de véritables contemplatifs, capables de découvrir Dieu présent et proche dans les personnes, dans les événements, dans le positif et le négatif de l’histoire, un Dieu qui nous questionne et nous interpelle. Écoles d’oraison pour nous, donc. En conséquence, et tout naturellement, nous tâcherons de diffuser l’amour et la connaissance de ce Dieu rencontré dans la prière et qui entraîne à un engagement en faveur de la justice et de la paix. En suivant intérieurement Jésus (en ayant son esprit), nous aiderons nos frères et soeurs à découvrir Dieu comme source de plénitude, comme libérateur, comme le Dieu de l’espérance, comme Dieu Père-Mère, comme Quelqu’un de proche. B. Communautés fraternelles "La vie fraternelle tend à refléter la profondeur et la richesse de ce mystère, en se construisant comme un espace humain habité par la Trinité”. “La vie consacrée a certainement à maintenir dans l’Église l’exigence de la fraternité comme confession de la Trinité" (VC 41). L’Exhortation apostolique nous parle en des termes théologiques et propose un grand idéal. De plus, nous tous savons combien la vie communautaire et fraternelle est essentielle pour notre Mère Thérèse. Nous sommes bien conscients que la vie communautaire est à la fois la grâce et la croix de la vie consacrée. Mais, aujourd’hui plus que jamais, nous devons méditer sur elle. Il est donc évident que le renouveau de la vie fraternelle en communauté continuera d’être l’une des priorités de l’Ordre si nous voulons demeurer fidèles au charisme du Carmel thérésien. Ceci requiert la réalisation de projets communautaires authentiques et viables qui aident à dépasser l’individualisme croissant. Ces projets communautaires doivent être le fruit d’une réflexion communautaire sincère et profonde, à partir de la vocation à laquelle nous nous sentons appelés. Ils exigent une attitude de réalisme à l’égard des membres qui nous entourent et des circonscriptions où nous sommes intégrés ainsi qu'une intention affirmée de vivre à la fois l’intimité divine et la mission. Le projet communautaire est ce que nous pouvons et voulons vivre en tant que carmes, ici et maintenant, unis dans la même vocation. C. Au service du Royaume Jésus est le centre de notre vocation. Il est tout naturellement notre modèle et nous le suivons à l'école du Carmel profitant de la longue expérience priante-amoureuse de notre Ordre. Étant donné que nous sommes appelés à la suite de Jésus à être des évangélisateurs, nous serons ouverts aux différentes dimensions de l’évangélisation, offrant en particulier notre service spécifique de la spiritualité. Nous accorderons aussi une importance spéciale au dialogue oecuménique et interreligieux. Dans notre apostolat nous créerons ou revivifierons, depuis la communauté carmélitano-thérésienne, des communautés ecclésiales locales. En vivant la fraternité comme communauté religieuse, nous développerons le sens de la communion dans le peuple. Les aspirations à la libération exigent un engagement efficace de toutes les personnes de bonne volonté dans la défense et la promotion des droits de l’homme. Le Carmel de l’avenir ne pourra pas demeurer étranger à ces défis, car il sait comment Thérèse de Jésus, Jean de la Croix, et d’autres saints de notre famille ont parlé de la dignité de toute personne, créée à l’image de Dieu et appelée à la transformation en lui. Comme carmes thérésiens, nous voulons affronter les défis qui se présentent dans les réalités socio-culturelles et ecclésiales. Nous voulons promouvoir une connaissance de la sociologie capable d’aider nos religieux à lire ces réalités et à élaborer une réflexion théologique réaliste et incarnée. Il est donc nécessaire, dès la formation initiale, d’aider à "connaître et à comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique" (GS 4). Il faut aussi apprendre à se sentir coresponsables des problèmes sociaux et chercher activement à résoudre les problèmes qui nous entourent, même modestement, en tant qu’actualisation de la conscience prophétique qui doit nous caractériser. 4. Spiritualité Pour comprendre cela, il y a une condition ou une base permanente: la nécessité d’une profonde spiritualité. Je sais bien que cette mention de la spiritualité peut paraître superflue à certains, car elle est quelque chose de toujours supposée. Mais, il y a beaucoup de définitions de la spiritualité, et surtout plusieurs manières de voir et de vivre celle-ci. Cela est d’ailleurs vrai aussi plus généralement de la religiosité. On ne peut pas présupposer que les éléments définissant une spiritualité soient clairs et évidents pour tous. Pour illustrer ce que nous entendons par spiritualité, nous pouvons nous référer à l’un ou l’autre de nos grands témoins. Prenons les écrits de saint Jean de la Croix. Plus de quatre siècles nous séparent de lui. Pour une grande part, son monde culturel et religieux est différent du nôtre. Il peut être légitime de dire que certaines expressions de notre saint pourraient être formulées autrement. Mais au-delà de tout cela, nous percevons qu’il y a chez lui une profonde et véritable spiritualité. C’est une évidence pour tous. Jean de la Croix ne se préoccupe pas, dans ses écrits, des observances extérieures. Il les respectait et les observait certainement dans sa vie quotidienne, car elles étaient importantes pour lui compte tenu de la mentalité de l’époque: cela allait de soi pour lui comme pour les autres. Pourtant, son attention se situait à une autre profondeur, au niveau de ce “je ne sais quoi”, qui de toute façon était déterminant pour lui et devenait le critère pour juger des choses extérieures. On peut percevoir cette intention dans son enseignement lorsqu’il déclare avec une certaine ironie: (Les spirituels)... "se persuadant que n’importe quelle sorte de retraite et de réformation dans les choses est suffisante" (2MC 7,5). C’est en ce sens qu’aujourd’hui, en notre monde si changeant, et devant tant de défis, nous avons besoin d’une spiritualité profonde, et personnellement et communautairement. Nous ne parlons pas ici de la pastorale de la spiritualité, mais de notre vie, de notre vocation, de notre manière "intérieure" d’être. Nous, carmes, configurons cette spiritualité dans l’espace de la tradition carmélitaine. Nous bénéficions d’un esprit de famille qui nous aide et nous forme. Nous nous trouvons ici ensemble justement pour cela. La spiritualité de la famille carmélitaine est centrée sur le mystère trinitaire de Dieu et est caractérisée par une relation interpersonnelle avec le Dieu qui habite "le centre le plus profond" de la personne. Une attention spéciale est portée à l’humanité de Dieu manifesté en Jésus, le Christ, notre Seigneur et Sauveur. Nous contemplons et rencontrons ce Dieu humain, ce Dieu qui s'est fait homme, plein d’humanité. Thérèse nous communique sa joyeuse découverte de Dieu et de ses exigences qui atteignent le coeur de nos relations humaines. L’oraison-amitié est centrée dès le début sur Jésus-Christ, le “livre vivant”, le Dieu humain. L’humanisme thérésien trouve ici sa véritable racine. Dans cette spiritualité, il y a tout à la fois et sans contradiction, la conscience vive d’une nécessaire purification et aussi une indispensable transformation de la personne pour l’union avec le Christ et dans le Christ avec la Sainte Trinité. Cette union est la vocation de l’homme, vocation dynamique, en devenir. Cette vocation inouïe règle tout le cheminement de la personne.
Le chemin est marqué pas uniquement mais aussi par la Nuit, "moment" d’une expérience purificatrice plus intense, moment qui peut être dans la vie ou même toute la vie. afin de mourir à tout "ce qui empêche la résurrection intérieure de l’esprit" (Lettre 7). Au milieu du monde et de la vie, la personne est portée à dépasser tout, à vivre ce que l'on peut appeler la solitude théologale: "L’âme n’y a plus d’autre appui que la foi, l’espérance et l’amour" (OP 169, D 118). Cette spiritualité porte le signe de l’authenticité et nécessairement témoigne d'une grande simplicité dans les relations avec Dieu comme dans les relations avec les autres. Sainte Thérèse de Lisieux en est un exemple clair. Nous portons cette spiritualité profonde comme une nécessité intime et une exigence de recherche radicale. En cette quête, nous bénéficions de l’expérience de la famille carmélitaine qui a donné "corps" à cette spiritualité, qui a trouvé des expressions concrètes à celle-ci. Cette double dimension de la spiritualité, à savoir, "personnelle" en tant que nécessité intime, et "objective" en son expression concrète dans la tradition carmélitaine, nous guide dans la recherche et la réalisation des structures pour aujourd'hui, dans la condition concrète où nous nous trouvons. Les structures externes sont toujours nécessaires et doivent toujours être d'une certaine manière recréées. Nous sommes dans les dimensions du temps et de l’espace, et la spiritualité a besoin d'expressions concrètes et visibles. Mais le plus important, la question à se poser est de savoir si ces expressions témoignent véritablement de cette communion profonde, de la spiritualité profonde personnelle et communautaire. Sainte Thérèse traça également un style de vie traduisant cette spiritualité propre du charisme. "Elle voulut que tout fût caractérisé par une forme et un style de vie particuliers: elle favorisa les vertus sociales et les autres valeurs humaines, elle proposa une vie fraternelle empreinte de joie et d’affabilité, dans un sincère esprit de famille; elle mit l’accent sur la dignité de la personne humaine et la noblesse de coeur; elle approuva et stimula le soin qu’on a des jeunes religieux, l’étude et le goût des ‘lettres’; elle présenta la mortification et les pratiques ascétiques de la communauté en fonction d’une vie théologale plus profonde et l’adapta au ministère apostolique; elle développa la communion entre les différentes maisons et l’amitié évangélique entre les personnes" (Const. 10). 5. Formation Ce que nous avons précisé dans notre réflexion sur la notion de spiritualité est presque la même réalité que la "vocation". La spiritualité est une composante indispensable d'une vraie vocation. Théoriquement cela est distinct, mais concrètement, dans mon propos ici, cela est équivalent. La formation doit être la découverte et l’approfondissement de la vocation ou de la profonde spiritualité. Cela est déterminant pour tous et partout. Le discernement vocationnel doit tenir compte de cette dimension pour être juste. Ce discernement est un bien non seulement pour la communauté, mais avant tout pour la personne même qui cherche. Et l’erreur dans le chemin de la vie peut être dramatique, comme on le sait bien. Un des objectifs les plus importants du Définitoire pour l’animation de l’Ordre durant ce sextennat est la formation. Pour votre Délégation Générale, nous pensons que le discernement vocationnel et la formation constituent actuellement un souci fondamental. Je vous cite maintenant des extraits de Vita Consecrata au sujet de la formation. "La formation devra imprégner en profondeur la personne elle-même, de sorte que tout son comportement, dans les moments importants et dans les circonstances ordinaires de la vie, conduise à révéler son appartenance totale et joyeuse à Dieu" (VC 65). "Elle devra être une formation de tout l’être, dans les différentes composantes de sa personnalité, dans les comportements comme dans les intentions" (VC 65). "Les connaissances de la sagesse spirituelle seront associées à celles qu’offrent les moyens humains et qui aideront au discernement de la vocation et à la formation de l’homme nouveau, pour qu’il devienne vraiment libre. L’entretien personnel est un moyen fondamental de formation auquel il convient de recourir avec régularité" (VC 66). Le document du Chapitre Général d’Avila dresse une perspective juste et synthétique des conditions et lieux de vérification de la formation. "Le sujet de toute formation étant toujours la personne, soit dans sa formation initiale, soit dans sa formation permanente, le critère de discernement et d’accompagnement doit être la capacité d’ouverture, de don de soi et d’abnégation. Tout plan de rénovation doit donc prendre pour base cette compréhension de la personne et cette orientation évangélique pour trouver son sens et son efficacité" (70, 2). Nous pouvons voir la vocation carmélitaine comme une ouverture, une attraction, un amour de la beauté (philocalie), beauté qui est resplendissement de la bonté divine, comme affirme Vita Consecrata (19). Contempler le Christ, les exigences de l'évangile et se mettre en route... Nous avons mentionné la capacité d’abnégation. Dans le long cheminement de l'homme et des hommes entre eux, cette vertu est bien nécessaire pour se soutenir dans la marche. Nous savons bien que toute personne humaine et toute communauté ont leurs moments de faiblesses, d'obscurités, d'épreuves. Le regard, la présence de l'autre, de la communauté est alors un soutien inestimable. Pour le chrétien, pour le religieux qui suit plus radicalement encore le Christ, le don de soi, l'oubli de soi, le service de l'autre, le service du Christ finalement est la règle de vie. On peut parler alors d'un amour engagé. En terminant, je nous rappelle la source profonde de notre joie et de notre espérance.
Nous croyons que sur chacun et sur chaque communauté "veille le regard du Rédempteur: ‘Relevez-vous, et n’ayez pas peur’" (VC 40). Kinshasa, 26 août 2005 Fr. Luis Aróstegui, ocd Préposé Général
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