Message du Père Général

Aux participants au Congrès sur la formation OCD

en Afrique francophone et Madagascar,

Mes chers confrères,

J’étais tout heureux puisque mon premier contact physique avec l’Afrique comme Général de l’Ordre allait avoir lieu à l’occasion de ce Congrès sur la formation carmélitaine en Afrique et Madagascar. Hélas, les impondérables du calendrier et des vols aériens m’empêchent d’être présent parmi vous pendant cette rencontre qui vous réunira du 5 au 11 septembre à Yaoundé-Nkolbisson.

Comme maigre consolation, je me permets de vous adresser ce message qui entend être le signe fraternel de ma participation par la prière et l’espérance, tout en vous souhaitant plein succès dans les échanges et les résolutions. Je reste convaincu que ces assises constituent un pas important dans la consolidation du Carmel en Afrique et dans l’Océan Indien.

1) La formation reste un souci décisif pour l’enracinement de la vocation carmélitaine. C’est bien la garantie de la vocation et de la vie carmélitaines. Il est évident que le travail de formation proprement dite doit être précédé par un discernement soigneusement opéré dès avant l’entrée au postulat. Cela se fera très concrètement au moyen des contacts étroits, fréquents et suivis, par des rencontres, à travers des entretiens personnels, moyennant des séjours des candidats parmi nous, en partageant la prière, le travail, la vie, nuestra manera de proceder, c’est-à-dire “nos mortifications aussi bien que notre amitié fraternelle, et les récréations en commun” (Fondations 13, 5).

2) Dès le début de sa présence parmi nous et sans aucune hésitation, le candidat devrait expérimenter chez nous le sérieux et la profondeur de la suite du Christ, qui est la norme suprême de toute vie consacrée (PC 2,a), en l’occurrence au Carmel. À la communauté d’accueil incombe cette grande responsabilité d’offrir l’environnement requis pour que les vocations mûrissent dans un cadre qui leur est nécessaire.

3) De la part du candidat, on attend encore un comportement transparent à tout moment, libre et responsable, sans contrainte, ni complexe ou inhibition. On devrait le voir vivre d’après les valeurs évangéliques et religieuses exprimées en des signes clairs de joyeuse générosité et de don confiant de soi-même. Ce sera la preuve qu’il aura assimilé les exigences de sa vocation et qu’il se trouve épanoui parmi nous, heureux et reconnaissant d’appartenir à notre famille religieuse dans l’Église.

4) À l’attente du candidat répondra l’accompagnement personnel des formateurs dans un climat de confiance et dans une atmosphère de famille. D’aucune manière, la communauté éducative ne pourra négliger cette responsabilité, même s’il faut réviser ou supprimer certaines de ses obligations pastorales. À la fin du noviciat, la connaissance des intentions du candidat devra être garantie, tout comme son engagement qui devra apparaître sans ombres ni lacunes.

5) L’organisation ou la programmation de la période de formation devra mettre en évidence les traits essentiels de notre charisme carmélitain dont l’assimilation ne peut faire défaut, notamment en ce qui concerne l’oraison contemplative et apostolique qui porte un regard lucide sur la réalité africaine, sur la disponibilité personnelle, sur la capacité pour une vie communautaire ouverte, familiale et respectueuse. Vie et enseignement, vie et doctrine, tout doit être conjugué.

6) Il serait utile que le Congrès se penche sur la question concrète de comment se consacrer au Christ en Afrique, d’après l’esprit du Carmel qui sera toujours notre meilleure contribution à l’Église et à la société dans votre continent. La formation devra se faire de manière intégrée, dans le réalisme de la vie et le regard posé sur le sort des peuples d’Afrique et des Îles, en contact avec les réalités contextuelles d’Afrique et du Madagascar, sans concession à quelque alibi éventuel de la splendid isolation, qui serait une évasion trompeuse et déformante.

S’il fallait offrir une synthèse des conditions pour l’authenticité d’une vocation à la vie carmélitaine, j’énoncerais une structure anthropologique de sincérité et de vérité, de don généreux et confiant à la nouvelle famille, afin que la formation puisse faire du candidat un homme nouveau, qui n’est pas né du sang ni de la volonté humaine ou de la chair, mais qui est né de Dieu (cf. Jn 1, 13). C’est devant l’émergence de cet homme nouveau que nous pourrions répéter de plein droit l’exclamation de notre Mère Sainte Thérèse: “Heureuses vies qui s’achèveraient ainsi (au service de l’Église) (Vie 40, 15).

Chers frères, loin de moi la prétention de vous donner une leçon de pédagogie carmélitaine pour l’Afrique et Madagascar. J’ai voulu simplement vous dire combien je suis avec vous dans votre réflexion et dans votre souci pour la bonne et meilleure formation du carme d’Afrique et de l’Océan indien.

Le Carmel en Afrique et au Madagascar se trouve dans sa première génération. Pendant une période relativement brève (1958-2004), il a connu une croissance quasi “corinthienne” (cf. Ac 18, 8) pour laquelle nous devons rendre grâce à Dieu. N’oubliez pas que vous êtes en train de former “les prémices de l’Esprit” (VF 2, 12). Assumons tous le défi de la consigne de Notre Mère Sainte Thérèse: “Nous commençons maintenant, qu’ils s’efforcent de toujours commencer, et d’aller du bien au meilleur” (F 29, 32).

Dans la Ratio institutionis OCD, vous trouverez des orientations qui sont le fruit d’une longue expérience. Il est dit par exemple: “Cette Ratio …s’adresse aux divers lieux et aux différentes cultures où le Carmel s’incarne aujourd’hui”. Cela n’empêche pas pour autant que “chaque province ou circonscription en fera l’application dans des ‘Rationes particulares’” (n.6). Bref, sachez que pour toutes les réalités ou les problèmes relatifs à la formation, vous me trouverez toujours à votre disposition, soit directement, soit par l’intermédiaire du P. Définiteur chargé de l’Afrique et Madagascar.

Avec mes salutations, mes remerciements et mes encouragements.

Bien à vous dans le Seigneur

Fr. Luis Aróstegui, ocd

Préposé général