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Pâques, fête de la vie Bien très chers frères et sœurs dans le Christ!
Nous voici rassemblés en Eglise et en communion avec toute l’Eglise, en cette nuit, pour célébrer la Pâques du Seigneur qui «donne au mystère de Noël la plénitude de son sens» comme aimait le dire saint Jean Chrysostome. - La nuit, c’est le temps de la terreur où rôde la peste (Ps 91, 5-6). - La nuit, c’est le temps où opèrent les malfaiteurs * Le meurtrier se lève pour tuer le pauvre et l’indigent. * Le voleur force les maisons (Jb 24, 13-17). - La nuit, c’est le temps où se tiennent des complots et se conçoivent des projets destructeurs et nuisibles à l’épanouissement de l’homme crée à l’image et à la ressemblance de Dieu et pour qui Jésus a donné sa vie. - La nuit, c’est le symbole de nos épreuves, nos dépressions, nos soucis, nos angoisses, nos chagrins, nos détresses, nos luttes quotidiennes pour trouver quoi mettre sous la dent, pour payer les factures d’eaux, d’électricité, pour faire étudier les enfants et tout cela avec un maigre de salaire de 2. 500 francs congolais. - La nuit, c’est le moment de révélation par excellence: les lectures entendues, tout à l’heure, nous ont décrit les étapes significatives de l’histoire du salut qui culminent dans l’événement de la Pâques du Seigneur. - Cette nuit, c’est le moment où s’accomplissent les prophéties du Seigneur Jésus: * «Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai» (Jn 2, 19). * «Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, …, qu’il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite» (Mc 8, 31; cf. Mc 10, 33-34; Lc 24, 7). * «Comme Jonas fut dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits» (Mt 12, 40). Après avoir observé le repos du sabbat par respect pour le commandement divin, les femmes se rendent le premier jour de la semaine (le dimanche pour les chrétiens), «de bon matin», au tombeau de Jésus qu’elles connaissaient fort bien pour avoir été des témoins de son ensevelissement (Lc 23, 55). Pourquoi vont-elles au tombeau? Pour l’évangéliste Matthieu, c’est pour voir le sépulcre; pour l’évangile apocryphe de Pierre, c’est pour y faire entendre les lamentations rituelles; pour les évangélistes Marc et Luc, c’est pour embaumer le corps: de toute façon, pour un hommage à Celui qui est mort vendredi. Dans ce retour des femmes à l’aube à la tombe de Jésus, on sent la hâte d’une fidélité indéfectible, celle de l’amour. Leur amour pour Jésus, dont il n’est resté que le corps, se manifeste et s’exprime dans une œuvre bonne et généreuse de l’onction. Ce projet des femmes exprime leur attachement à la personne de Jésus même après la mort. En ces femmes, nous trouvons des gens qui sont entrés vraiment dans le mystère pascal et y ont pris part. Leur attitude nous invite à nous interroger sur notre participation affective à la résurrection du Seigneur et au mystère pascal. Jésus est un grand homme qui mérite notre affection, notre amour. Avec une très grande probabilité, ces femmes s’attendaient à un tombeau fermé: «Qui nous roulera la pierre de l’entrée du tombeau?» se demandent les femmes dans Mc 16, 3. Il s’agit de la pierre avec laquelle Joseph d’Arimathie avait fermée la tombe. A cette question «qui nous roulera la pierre?», l’évangéliste Matthieu répond en effet: «l’ange fit rouler la pierre» (Mt 28, 2). Une main «invisible» est intervenue qui dépasse les forces humaines. En Luc 24, 2, évangile de cette veillée pascale de l’année liturgique C, il nous est dit que les femmes trouvent la pierre roulée de devant le tombeau. Entrant dans le tombeau, elles s’engagent pour ainsi dire dans le mystère de la mort et elles constatent que le corps du Seigneur n’est plus là. L’absence du corps du Seigneur est contre leurs attentes et les met en embarras. Saint Luc nous dit que les femmes sont «déconcertées» (24, 4). Elles expriment ainsi cette perplexité en saint Jean: «Ils ont enlevé du tombeau le Seigneur et nous ne savons pas où ils l’ont mis» (20, 2). C’est dans cette situation où elles ne peuvent expliquer le tombeau vide et où elles ne savent ce qu’il faudrait faire que deux hommes entrent en scène. Ils se présentent devant elles. Ce qu’ils diront sera tenu pour vrai parce qu’ils sont deux. Car selon Dt 19, 15, un témoignage valide et authentique exige la déposition de deux ou trois témoins. L’aspect «éblouissant» de leurs vêtements montre que ces hommes appartiennent au monde divin. La réaction des femmes confirme que ces hommes proviennent effectivement d’un monde céleste. «Remplies de crainte, les femmes baissaient le visage vers la terre», c’est qu’on «ne peut voir Dieu et vivre» (Ex 3, 6). Il s’agit donc bien de la crainte révérencielle qu’éprouve l’homme en présence du divin. L’homme, quel qu’il soit, est toujours dérouté devant le surnaturel. L’action de Dieu déroute toujours. Ce sont les hommes en vêtements éblouissants qui expliquent la signification du tombeau vide. 1° Les messagers divins révèlent que le Seigneur Jésus est Vivant Les messagers adressent d’abord un reproche aux femmes: «Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts?» (Lc 24, 5). Ces paroles nous font penser à la déclaration du Christ de l’Apocalypse: «Je suis le Premier et le Dernier, le Vivant; je fus mort, et voici, je suis vivant pour les siècles» (Ap 1, 17). Le «Je suis vivant» veut dire que le Christ, actuellement, vit. Pour Luc, qui dit Pâques dit vie; qui dit Pâques dit fête. Du moment que la Pâques signifie la fête de la vie, il ne reste aux chrétiens et chrétiennes qu’à se réjouir et qu’à exulter et à tressaillir de joie. Si les femmes avaient cru aux paroles de Jésus, elles n’auraient pas été désemparées par la découverte du tombeau vide et elles sauraient qu’il est vivant. Qui connaît Jésus sait où le chercher. Les femmes le cherchent là où il peut absolument être. Luc enseigne en même temps que la recherche du corps mortel de Jésus est sans objet. Seul importe désormais «le Vivant» qui est auprès du «Dieu vivant» (Js 3, 10; Jg 8, 19; 1 S 13, 49) et qui, en raison de son état nouveau, reste mystérieusement mais réellement présent au milieu de nous par sa Parole et par son Pain. 2° Les messagers divins révèlent que Jésus est ressuscité Les femmes cherchent Jésus «à la façon ancienne», comme s’il n’était pas ressuscité, mais les deux hommes disent: «Il n’est pas ici. Il est ressuscité». C’est parce qu’il est ressuscité qu’il n’est pas ici. Voyez le lieu où il gisait, c’est-à-dire voyez la nouveauté advenue: ici, il n’y a plus rien. Le Ressuscité n’est plus lié aux lois de l’espace. Aucun endroit ne peut l’emprisonner. Il est «ressuscité» signifie qu’il «s’est éveillé des morts». Ce que l’expression «s’est éveillé des morts» veut dire, c’est que Jésus est passé directement de la vie matérielle, dans laquelle il était, à la Vie éternelle. Mort, Jésus n’est pas resté au pouvoir de la mort: Dieu l’a réveillé de son sommeil mortel et l’a relevé. Mais cette résurrection de Jésus ne peut être comprise ni comme un simple retour à la vie terrestre, ni comme une survie diffuse et indistincte. Il s’agit d’une nouvelle vie, glorieuse, qui retrouve sous une autre forme les caractéristiques du corps humain. Ce message pascal dont les deux hommes sont porteurs vient de Dieu. Cela veut dire que ce n’est pas par leur raisonnement sur le fait constaté que les femmes sont parvenues à la conviction que Jésus est ressuscité. En d’autres termes, ce n’est pas la constatation du tombeau vide que les femmes ont faite qui les a amenées à croire en Jésus ressuscité. Non. Cette nouvelle ne peut venir que de Dieu. C’est au moment où les femmes sont déconcertées par la découverte que le tombeau de Jésus est vide, que leur est donné d’entendre la bonne nouvelle de la Résurrection de Jésus. Elles ont cru à ce message. L’accueil de cette nouvelle leur a permis de comprendre leur constatation. C’est dire que leur foi est solidement fondée sur la parole des messagers célestes, sur le témoignage des Ecritures et de Jésus lui-même (cf. Lc 24, 7). Le tombeau vide n’est que la trace objective et brute qu’a laissée le Christ en ressuscitant. Ce qui est premier, pour la foi, c’est la Parole révélatrice de Dieu. C’est à elle que l’on fait confiance. Le tombeau vide est au plus un signe, au sens biblique du mot, c’est-à-dire qu’il n’est pas fait pour démontrer ou appuyer la révélation, mais illustre l’efficacité de la Parole de Dieu (v. 7: «le troisième jour, le Fils de l’homme ressuscite»). C’est capital pour que la foi ne soit pas basée sur un constat ou un raisonnement humains, toujours faillibles, mais sur Dieu s’engageant dans sa Parole. Notre foi en la résurrection du Seigneur est fondée et éclairée par le témoignage que livre l’Eglise à travers les récits évangéliques. Croire Jésus vivant à jamais ce n’est pas seulement croire en un Jésus retourné à son état divin, qu’il aurait laissé un moment, pour vivre en homme et transmettre la révélation. C’est croire que le Jésus Dieu, vivant actuellement, est le Jésus de Nazareth, transformé, mais réellement lui-même. C’est donc savoir que par Lui toute l’histoire des hommes – y comprise la nôtre – peut déboucher dans le monde de la vie à jamais. Le Christ inaugure ainsi pour nous une existence nouvelle après la mort (Rm 8, 10-11) et instaure en nous une «nouvelle création» (2 Co 5, 11). Avec la résurrection de Jésus, commence alors une nouvelle création aujourd’hui. C’est pourquoi nous lisions tout à l’heure le récit de la création dans la Génèse; c’est que le prophète Isaïe nous annonçait: «Je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle» (Is 65, 17-18). Cette nouvelle création dont parle Isaïe, Jésus ressuscité en est le premier membre, Paul l’appelle le «premier-né de toute créature» (Col 1, 18). Si Jésus est le premier-né de la nouvelle création, il n’est pas le seul, tous les baptisés constituent dès maintenant cette nouvelle race d’hommes semblables au Christ. Et la résurrection nous révèle le sens du baptême et de son renouvellement au cours des célébrations pascales. Le baptisé est un homme qui accepte de vivre quotidiennement la mort et la résurrection. C’est dire qu’il ne suffit pas de célébrer la Pâques, il faut en témoigner. De quelle manière? Il faudrait montrer que Jésus est ressuscité en ce qu’il vit en nous et nous pousse à accomplir des œuvres bonnes et généreuses. A quoi sert, en effet, d’annoncer avec joie que Jésus est passé de la mort à la vie si, ensuite, nous continuons à demeurer dans le sépulcre de notre méchanceté, de notre péché, de notre haine, de notre tiédeur, de notre paresse, de notre égoïsme, de notre malhonnêteté… Que la lumière apportée par le Christ ressuscité puisse vaincre les ténèbres de nos péchés qui ont détruit notre société et continuent à la détruire. Si nous croyons que Jésus est vraiment ressuscité, faisons le refléter et transparaître dans notre personne et notre conduite. Comme la communauté des femmes, toute communauté qui se veut chrétienne est porteuse de révélation et chercheuse de la présence de cette révélation dans la vie des hommes. Puisse le Seigneur ressusciter dans nos cœurs, nos familles et communautés. Puisse le Seigneur aider l’Eglise à être toujours fidèle à sa mission consistant à communiquer aux hommes l’esprit du Christ ressuscité par l’annonce de l’évangile et l’administration des sacrements. Puisse le Seigneur nous aider à comprendre que la mort n’est qu’un passage vers l’état définitif. Ainsi nous ne craindrons pas la mort et nous l’appellerons avec saint François d’Assise: «Notre sœur la mort corporelle». Père Valentin Ntumba Kapambu, ocd. Kinshasa, le 10 / 04 / 2004 |