Préface

 

Le texte des Ecritures sur lequel le père Valentin Ntumba médite est situé de manière symbolique entre deux autres péricopes : une qui traite du vrai et faux ami d’un côté, et l’autre qui médite sur la vraie et fausse sagesse. C’est que le rôle d’un conseiller ne se comprend mieux qu’à l’intérieur de ces deux réalités de l’amitié et la sagesse.

Or le vrai problème de notre temps, c’est de redonner à l’amitié et à la sagesse leur place dans les rapports entre les hommes et en face des événements du monde. En effet, si le monde va mal, c’est d’abord parce que les « philanthropes », les « amis de l’homme et de l’humanité » se font de plus en plus rares. Que de courses vers des intérêts mesquins, que de coups bas entre des connaissances de longues date, que d’amitiés trahies à l’autel de l’intérêt et de mobiles purement psychologiques et violentes ! Au nom d’intérêts le plus souvent inavoués, des gouvernants de tous bords deviennent des ennemis de leurs propres peuples et se transforment en loups cachés dans les bergeries. L’homme moderne n’est pas seulement en crise d’existence et de sens, il est aussi en quête d’une humanisation et d’un humanisme qui lui font courir continuellement vers un ailleurs qui tarde encore à l’apaiser parce que toujours indéfini.

Si le monde vit dans la turbulence perpétuelle des guerres et des crises récurrentes, c’est aussi parce que les hommes aspirent à un savoir qui se contente d’être simplement science théorique, au lieu de tendre vers un « savoir-être » qui est « sagesse ». Car des savants, il y en a de toutes sortes et dans tous les domaines dans tous les pays. Sinon on ne comprendrait pas toutes les discussions sur la fuite des cerveaux dans les pays qui se cherchent encore. Ce qui manquent à ces pays, ce sont des « sages », ceux qui ont eu la patience de scruter dans le silence de leurs cœurs et dans l’aiguisement de leur regard les signes des temps que cachent les événements du monde, les pleurs de leurs peuples et les angoisses de ceux qui n’en peuvent plus de végéter dans des nations dont les biens devraient profiter à tous.

Dans un monde où la politique prend tant de place dans l’organisation effective de nos sociétés et où beaucoup de secteurs de la vie quotidienne (culturels, religieux, économiques) ont besoin de se renouveler, un monde où les hommes sont de plus en plus déboussolés devant des décisions importantes à prendre dans leurs vies, il était temps de repenser à nouveau frais le rôle des conseillers de nos dirigeants et même de nos vies qui se cherchent.

La méditation du père Ntumba nous rappelle que le vrai conseiller devrait d’abord être un « craignant-Dieu », un quêteur de la Sagesse de Celui qui, avant toute chose, fit advenir d’abord la Lumière pour que l’œuvre des commencements se passe dans la clarté de la Parole qui ordonne le monde chaotique et mélangé des origines.

Le bon et vrai conseiller, c’est aussi et surtout un « ami de l’homme », un « humaniste » qui, à travers la persuasion et la patience, éclaire le chemin de ceux qui le consultent, promeut en eux la vraie humanité, sans leur voiler le caractère éphémère des décisions qui ne conduisent pas à la transcendance. Le conseiller n’est jamais un ennemi de la nature humaine.

Le bon conseiller est, dans ce sens, un homme discret et sobre en parole et qui est reconnaissant de cette Lumière et cette Parole sans lesquelles sa parole devient démagogie et sophismes élaborés au profit du puissant et du méchant.

Malheureusement, ces exigences contrastent avec la tendance actuelle de beaucoup de « conseillers » de se considérer comme le « prolongement » ou les « substituts » de ceux-là même qu’ils aident ou « dés-aident », selon les cas ; certains, sinon la plupart – surtout en politique – s’érigent même à leur tour en potentats assoiffés de gloire et d’honneur, brandissant ostensiblement leur titre à ceux qui n’auraient pas encore compris leur puissance de nuisance.

Quoi qu’il en soit, le texte du père Valentin Ntumba et son analyse nous éclairent sur la misère d’un dirigeant ou d’un homme qui se choisit de tels conseillers pour ses affaires : il ressemble à un homme tenté par l’ivresse et qui se choisit à son tour un homme ivre pour lui montrer le chemin du salut. Il manque de sagesse, parce qu’il n’aura pas compris que le vrai conseiller est un ami qui respecte la valeur de la confiance,  veille sur l’honneur de son hôte et cultive la sagesse qui empêche de le faire haïr demain par les hommes aigris parce que désabusés.

Il faut donc souhaiter que cette analyse du rôle de conseiller soit lue par le plus grand nombre de dirigeants politiques, religieux et économiques et qu’elle inspire aussi tous ceux qui dans leurs affaires simplement humaines, las de courtisans de toutes sortes, se souhaitent un avenir meilleur et éclairé par un peu plus de sagesse et de vérité.

 

Ntima Nkanza, SJ

Canisius.