La vie religieuse et ses valeurs dans le contexte actuel de l’AfriqueSidbe Semporé, o.p. En guise de synthèse à nos travaux d’hier (exposé et travaux en groupe), je me permets de vous livrer ici quelques extraits de réflexions que j’ai faites en d’autres circonstances sur le thème de la vie consacrée en Afrique. I - La formation des jeunes: quelques interrogationsL’entrée en religion ne risque-t-elle pas de devenir, petit à petit, l’entrée dans un monde de facilités, de confort, de sécurité, d’aise? Le système de formation dans les juvénats, postulats, noviciats, juniorats et autres scolasticats, qui implique l’investissement de moyens colossaux pour préparer le jeune à la vie dans l’institut et à sa mission dans le monde, ne forge-t-il pas – ou ne prolonge-t-il pas – chez celui-ci une “mentalité matricielle”, lui faisant prendre au sein de l’institut la position du fœtus? Après avoir décrété que le langage du renoncement ne sied plus guère à l’oreille de nos contemporains, et que désormais l’insistance (l’accent) doit être mise sur les valeurs positives afin de laisser transparaître la spécificité attractive de l’Évangile, ne risque-t-on pas d’entraîner le jeune dans une recherche prioritaire de son épanouissement et de son bien-être qui altère sa compréhension des vœux et affaiblit sa pratique des renoncements inhérents à ses choix? Peut-être devons-nous nous interroger sérieusement sur la teneur et l’efficacité évangéliques de nos systèmes de formation, au regard du type de religieux et de religieuse qu’ils produisent, j’allais dire “fabriquent”. Car, nous courons le risque de faire de nos maisons de formation des fabriques (ou des usines) où nous nous dépensons à sortir des produits finis pour la Mission. La conception que nous avons et que nous inculquons au jeune de la communauté, des vœux, de la prière, de la relation au monde, de l’argent, de l’Église et de la société aide-t-elle celui-ci à quotidiennement accueillir le don de Dieu, l’Esprit qui l’appelle aux plus grands sacrifices, au don généreux de sa vie à Celui qui, le premier, lui a donné la sienne sur la Croix? Il y aurait un grave danger pour les formateurs à ce que l’initiation à la vie religieuse semble évacuer la Croix à la racine des choix et des engagements. Il ne s’agit pas d’un retour à la caricature janséniste ou à la spiritualité morbide des mortifications masochistes. La grande grâce du XXe siècle a été de nous libérer du culte d’un Dieu “père fouettard” qui ne trouvait sa joie que dans la ruine et la décomposition de ses créatures. Aujourd’hui, redécouvrir l’appel à la sainteté lancé au chrétien dans le monde et à celui ou celle qui entre en religion passe par la joyeuse acceptation d’une conformation au Christ, à sa mort et à sa résurrection, à sa Croix et à sa Gloire. Cette conformation est un long processus vital, qui exige du chrétien, du religieux, beaucoup de vigilance et de sérieux dans l’acquiescement aux renoncements qu’impose son option de vie. Paul nous montre le chemin dans sa confession intime aux Philippiens: «Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de Lui j'ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ, et d'être trouvé en Lui, n'ayant pas comme justice à moi celle qui vient de la Loi, mais celle par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s'appuie sur la foi, le connaître, Lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d'entre les mort» (Ph 3, 8-11). Pour expérimenter la «puissance de la résurrection du Christ» et y prendre part, Paul sait qu’il faut avant tout rechercher «la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort». Cela nous invite à reconsidérer les mises d’accents dans la formation spirituelle des jeunes: l’engagement à la suite du Christ, la profession et la vie communautaire et missionnaire se font sous le signe de la Croix. Alors, dans sa communauté comme dans sa famille et devant le peuple, le jeune qui a enraciné sa vocation dans le Mystère pascal pourra dire avec Paul: «Non, je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié» (1Co. 2, 2). «Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ, qui a fait du monde un crucifié pour moi et de moi un crucifié pour le monde» (Gal. 6, 14). Repartir du Christ, du Christ crucifié, tel est l’itinéraire que doit prendre celui qui s’engage à Le suivre de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces, de tout son être. Vita Consecrata l’affirme de façon explicite: «C’est sur la Croix que l’amour virginal du Christ pour le Père et pour les hommes trouvera son expression la plus forte, que sa pauvreté ira jusqu’au dépouillement total, et son obéissance jusqu’au don de sa vie» (VC 23). On fait souvent reproche aux chrétiens africains – mais sommes-nous seulement les seuls dans ce cas? – de ne vivre leur foi et de ne s’attacher au Christ qu’en temps de relative paix. Quand survient l’épreuve, quand se profile la Croix, la fidélité aux convictions évangéliques vacille. Nous sommes comme des “chrétiens-grenouilles”: quand ça chauffe dans l’eau, nous sautons sur la terre ferme; et quand ça chauffe sur la terre, nous replongeons dans l’eau… D’où le succès des «sectes» qui font tant de ravages dans le milieu chrétien. N’y aurait-il pas là une vigoureuse interpellation lancée aux religieux invités à clarifier leur option pour la Croix du Christ et à la visibiliser dans leur mode de vie par les renoncements concrets consentis au nom de leur profession? La vie consacrée n’est-elle pas mémoire et miroir de l’Évangile? Entrant en religion, le jeune saura qu’il ne fuit pas un monde de désolation et de misère pour entrer dans une oasis où il se développera et s’épanouira comme dans un cocon. Il saura qu’il n’entre ni dans un bagne, dans une vie de cocagne, mais qu’à la suite du Christ, il est appelé à renoncer à lui-même, avec ce que cela suppose de durs et persévérants combats contre passions, pressions, ambitions, volonté propre, caprices et autres désordres de sa nature ou de sa société. Pour un idéal de Bonheur et de Plénitude. Appelé à prendre sa croix chaque jour, à montrer persévérance, constance, courage et joie dans les souffrances et les épreuves de la vie, le jeune engagé dans la voie du renoncement apprendra à dire, comme Paul: «Je sais me priver comme je sais être à l'aise. En tout temps et de toutes manières, je me suis initié à la satiété comme à la faim, à l'abondance comme au dénuement» (Ph. 4, 12). Pour créer les conditions d’une telle liberté et disponibilité intérieures, les formateurs sont invités à revoir l’image que leur propre pratique de la vie religieuse renvoie aux jeunes. Les piliers sur lesquels s’appuie tout l’édifice reposent-ils sur le socle de l’option prioritaire de tout quitter pour suivre Jésus? Ne nous sommes-nous pas construit des bastions et des demeures dans l’enclos où nous accueillons les candidats pour les initier? Quelle est la lisibilité évangélique de notre pratique personnelle et communautaire de la vie religieuse? En définitive, ne nous appliquons-nous pas à reproduire, par nos façons d’agir et de réagir, les traits de ce monde que nous sommes censés avoir quitté pour le Royaume? Vita Consecrata résume ainsi l’exigence radicale au cœur de la vocation religieuse: «La vocation des personnes consacrées à chercher avant tout le Royaume de Dieu est, en priorité, un appel à la pleine conversion, par le renoncement à soi-même pour vivre entièrement du Seigneur, afin que Dieu soit tout en tous» (VC 35). II - Les vœux revisitésEn définitive, il nous faut arriver à convaincre le jeune qu’en prononçant les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, il s’engage dans une voie de plénitude, de bonheur, de vie pleine. Peut-être devrons-nous revoir non seulement notre propre pratique des vœux et le témoignage que livrent nos vies, mais également la manière dont nous transmettons par l’enseignement la signification profonde de cette démarche au cœur de la donation du jeune à Dieu. Peut-être insistons-nous trop sur le caractère contractuel des vœux, et sur les sanctions qui s’y rattachent, au lieu d’amener le jeune à faire lui-même l’expérience du caractère libérateur d’un renoncement volontaire à des biens, à un projet, pour rendre heureux des pauvres et être à l’aise au milieu d’eux; de la joie que procure la maîtrise de soi, de ses instincts, de ses attachements désordonnés ou de son imagination débridée pour s’offrir tout entier à apporter affection et espérance aux mal-aimés, à couvrir d’affection et de joie les membres de sa communauté, à vivre autant qu’il peut la Béatitude des cœurs purs à l’exemple de tant de saints et de saintes de l’Ordre; de la paix et de la sérénité qui accompagnent un acte de soumission à l’autorité, à la Règle, à la Communauté, une disposition intérieure d’écoute de la voix de Dieu et d’accueil de sa volonté à travers les événements les plus ordinaires du quotidien comme les actes les plus crucifiants de remise de soi entre les mains des supérieurs. Réinjecter ou réinsuffler au cœur des vœux la sève ou le souffle de l’Évangile du Bonheur et de la Plénitude auquel est sensible tout jeune qui opte, à l’inverse du jeune homme riche, d’aller, de vendre possessions et pacotilles, et de s’attacher à suivre Jésus-Christ, Ami de cœur et Compagnon de route. Je pense que les jeunes ont besoin qu’on leur lance des défis au cours de leur formation, des challenges les amenant à rendre raison de leur compréhension et de leur pratique des vœux. Que leur soit donnée l’occasion de s’exprimer là-dessus devant la leurs confrères ou devant Communauté qui les aideront à rectifier ou enrichir leur approche. Surtout, que leur soit demandé ou conseillé un acte d’engagement concret ou une expérience les confrontant à des situations où ils réalisent progressivement la difficulté mais aussi la joie à vivre et vaincre les difficultés et les tentations rencontrées. De toute manière, la tricherie et les dissimulations ne pourront être évitées que si les vœux sont compris et assumés par le jeune comme une porte étroite et une voie royale de libération et de plénitude, un chemin de Béatitude où le Christ dit à chaque jeune: Je suis venu pour que tu aies la vie, et que tu l’aies en surabondance! Il est clair qu’il nous faut également être aux côtés des jeunes pour à la fois les aider à percevoir les appels évangéliques dans toutes les situations qu’ils vivent, et à discerner à travers le tissu des cultures et des milieux d’où ils sont issus la grâce d’attente qu’il recèle, éventuellement les incompatibilités avec les choix évangéliques opérés. Viser à assurer un accompagnement personnalisé où le jeune est mis à l’aise et en confiance avec l’accompagnateur. III - La vie fraternelle en communauté1. Urgence d’une solidarité renouveléeJe préfère traduire ici le langage de la “communion”, terme qui me paraît statique, par celui de “solidarité”, réalité plus engageante et plus facilement compréhensible à nos mentalités africaines. Il faut reconnaître qu’au sein des Instituts et des communautés de vie consacrée, les mailles de la solidarité fraternelle se sont parfois dangereusement distendues. La solidarité entre Blancs et Noirs, entre responsables et reste de la communauté, entre anciens et jeunes, entre membres des conseils ou des chapitres…, la solidarité à tous les niveaux de la vie consacrée est menacée de rupture ou d’affaiblissement. L’individualisme caractérise bien des comportements et explique bien des replis sur soi. On dirait parfois que l’on vient dans l’Institut tout simplement pour réaliser sa vocation, développer ses talents, répondre à son Appel, faire son salut. Chacun se sait précieux et irremplaçable aux yeux de Dieu, au point de privilégier le service de Dieu en négligeant la dimension horizontale de ce service: la solidarité active avec les frères. Comme si l’on pouvait déconnecter l’amour de Dieu du service du proche frère. Dans nos communautés mono ou pluriethniques, nous constatons un peu partout trop de juxtapositions, d’isolements, de marginalisations, d’exclusions. Dans beaucoup de situations, les communautés se font et se défont au gré des intérêts et des calculs, plongeant leurs membres dans l’insatisfaction et la frustration. Les disfonctionnements sont dus, entre autres facteurs, à un déficit de solidarité vécue. Ainsi s’expliquent les attitudes de non-assistance à personne en danger moral, spirituel ou psychologique, les désertions de poste, les abdications de responsabilité, la constitution de bastions de résistance, de gouvernement parallèle, de francs-tireurs, comme dans un champ de bataille où l’on se marque les uns les autres, où l’on se protège contre l’ennemi potentiel que peut devenir le frère… La méfiance installe à tous les niveaux des fractures multiformes de fraternité qui fragilisent le propos originel de la vie consacrée: «À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l'amour les uns pour les autres» (Jn 13, 35). Il faut, bien sûr, se méfier de l’idéologie récurrente d’une communauté idéale aux contours bien arrondis où l’on ne cesserait d’entonner l’hymne parfumé du lévite d’antan: «Voyez! Qu'il est bon, qu'il est doux d'habiter en frères tous ensemble!» (Ps 133, 1). Les communautés d’enthousiastes ont toujours fini dans le délire ou la folie collective. L’objectivité et la vérité commandent de prendre en compte les pesanteurs et les limites humaines qui font de nos communautés des lieux de péché et de grâce, de lutte et de conversion. Cela impose que nous redéfinissions sans cesse les finalités de notre vivre-ensemble, pour ne point risquer de perdre de vue les raisons mêmes de notre vocation rappelées par S. Augustin dans le préambule de sa Règle: «Pourquoi donc êtes-vous réunis ici, sinon pour habiter ensemble dans l’unanimité, ne formant qu’un seul cœur et qu’une seule âme en Dieu?» 2. Communauté et fraternitéVivre en communauté, habiter ensemble ne devient signifiant que dans l’engagement solidaire à ne former qu’un coeur et qu’une âme en Dieu. Sans cette exigence cardinale, nous pourrons bien bâtir des communautés régulières, sans histoire, où cependant manquera l’essentiel: la communion fraternelle, la solidarité vouée. B.-M. Amoussou constate avec raison: «Ce qui est (aujourd’hui) rejeté, c’est la communauté qui était essentiellement ‘vie en commun’, c’est-à-dire uniformité, régularité, communauté d’exercices et d’observances; c’est la communauté réunie par l’autorité pour une œuvre précise et dans laquelle on ne se soucie pas tellement de ‘valoriser’ les aptitudes de chacun. La charité y (est) surtout support mutuel beaucoup plus que partage et enrichissement mutuel»[1]. Lors de nos révisions communautaires de vie, il nous arrive parfois de remarquer qu’il y a peu de fraternité dans nos communautés, dans nos relations, dans notre témoignage au monde. La machine communautaire peut bien tourner régulièrement et efficacement, si l’huile de la solidarité fait défaut, c’est l’édifice dans son ensemble qui perd de sa pertinence évangélique. C’est le sens de cette remarque de B.-M. Amoussou dans le même article: «…il est possible de vivre en communauté par intérêt, sans véritables liens interpersonnels, pourvu que l’on soit ensemble pour quelque chose, tout comme on peut vivre en fraternité sans être nécessairement sous le même toit, du moment que les liens demeurent»[2]. 3. Communautés pluriethniques: option préférentielle pour l’harmonie dans la diversitéEn Afrique, – c’est un fait quasi général –, les sociétés sont multiethniques. Ainsi le sont les Églises, et la quasi-totalité des Instituts de vie consacrée. Cela est un fait qui s’impose à nous, et qui constitue un formidable et périlleux défi pour la coexistence pacifique et le brassage harmonieux de nos populations. La vie consacrée en Afrique se caractériserait par ce choix spécifique de relever le défi de la fraternité et de la solidarité dans des communautés pluriethniques. Il s’agit, pour nos différents Instituts, de faire une option claire et résolue pour activer et renforcer la solidarité fraternelle pour un témoignage plus évangélique, et de constituer autant que possible des communautés arc-en-ciel multiethniques pour un témoignage prophétique de réconciliation et de paix. Le choix par notre Église de l’image symbole d’Église-famille comme fil conducteur de la nouvelle évangélisation de l’Afrique, et le constat affligeant des difficultés et des échecs de coexistence harmonieuse entre les ethnies, nous poussent à faire cette option prophétique de solidarité fraternelle et de fraternité sans frontières pour ce nouveau siècle. Dès avant le Synode spécial pour l’Afrique, l’Instrumentum Laboris (Document de Travail) relevait ces difficultés et les contradictions des sociétés africaines assoiffées de paix mais couvertes de blessures: «L’Afrique est à présent devenue le continent de toutes les contradictions. Les Africains aiment l’amitié, et pourtant partout en Afrique règnent les hostilités; nous chérissons la fraternité, tout en étant impliqués dans d’interminables guerres fratricides; nous sommes connus pour notre hospitalité, et nous pourtant nous pratiquons la pire forme d’ethnocide; nous aimons la vie mais nous poussons nos enfants sur le chemin de la mort; nous possédons un extraordinaire esprit de pardon, néanmoins nous sommes perpétuellement impliqués dans des vendetta…»[3]. Tout cela constitue pour nous autant de raisons d’un choix prioritaire qui serait notre manière à nous de concrétiser la recommandation de Vita consecrata: «Notre monde, dans lequel les traces de Dieu semblent souvent perdues de vue, éprouve l’urgent besoin d’un témoignage prophétique fort de la part des personnes consacrées…La vie fraternelle elle-même est une prophétie en acte dans une société qui, parfois à son insu, aspire profondément à une fraternité sans frontières» (VC 85). 4. Conséquences pour la formationUne telle option prioritaire des consacrés d’Afrique pour des communautés multiraciales et multiethniques aurait un impact concret et immédiat sur la manière dont les jeunes doivent être formés en conséquence. Outre les critères traditionnels utilisés dans le discernement de l’aptitude des candidats à la vie communautaire, il est clair qu’une attention spéciale sera portée sur le facteur ethnique dans les relations des jeunes entre eux en communauté. Il est donc important que dès les années d’initiation à la vie consacrée (postulat, noviciat, année de spiritualité…), les jeunes soient entraînés à relever le défi de la diversité et jugés sur leurs aptitudes et leurs dispositions à vivre en milieu pluriethnique. Pour cela, renonçant à la politique de l’autruche devant le fait ethnique et les difficultés qui en résultent pour les jeunes, les formateurs joueront le jeu de la vérité en aidant les candidats à assumer leurs différences et à vivre positivement la diversité raciale, ethnique, nationale et régionale des uns et des autres. C’est dans la patience et la vigilance qu’ils seront invités à appréhender les richesses et les limites de leur milieu d’origine, à entrer sans artifice dans le dialogue des cultures, à relativiser et à corriger l’attitude ethnocentrique instinctive faite de préjugés et d’a priori. Toutes les mesures concrètes qui concourent à réduire les clivages et à prévenir les conflits ethniques au sein des communautés doivent être prises sans peur de ramer à contre courant: * attirer l’attention sur le danger des nationalismes étroits et outranciers, * des particularismes culturels comme l’usage immodéré de sa langue maternelle en milieu pluriethnique, * des enfermements au sein de clans régionaux ou ethniques en marge de la communauté, * de l’influence qu’exerce l’appartenance raciale sur les votes et les décisions, ou sur la manière de former et de gouverner… Je crois dommageable pour l’avenir de la vie consacrée le fait que des formateurs africains et surtout non-africains craignent de désigner du doigt les symptômes ou les syndromes du mal ethnique tels qu’ils se révèlent à travers les comportements et les jugements des jeunes en formation. On ne gagne rien à faire de la question ethnique un sujet tabou à propos duquel on chuchote en aparté. Il n’y a pourtant aucune infamie à parler de nationalités et d’ethnies et à sensibiliser les jeunes à l’analyse objective des faits de société et des traits de culture. En effet, ceux-ci transposent le plus souvent dans le cadre de la vie consacrée les préjugés et les idées ambiantes de leur société d’origine. La passivité des formateurs qui n’osent pas relever, corriger et admonester compromet la démarche d’intégration du jeune dans une vision nouvelle de la diversité comme chemin de fraternité. 5. Conditions d’une convivence harmonieuseLes questions concrètes qui se posent aux communautés multiethniques, concernent en premier lieu les relations entre composantes majoritaires et minoritaires. En effet, les majorités ethniques ont tendance à se montrer, parfois inconsciemment, arrogantes, intolérantes ou dominatrices vis-à-vis des minorités. Respect et délicatesse devraient au contraire guider les relations. Les allusions et comparaisons incidemment ou fréquemment faites aux coutumes et traditions des autres, aux particularités linguistiques, culturelles, artistiques, culinaires etc. des “petites ethnies” ou des minorités au sein de la communauté conduisent souvent à des jugements péremptoires et à des préjugés désobligeants et blessants. L’ouverture minimale aux autres cultures exige de tous un effort d’apprentissage par des actes concrets: s’intéresser à la culture de l’autre, savoir des rudiments de sa langue, s’abstenir de critiques trop subjectives… «On est poli au contact des autres dans la fraternité» disait St Jean de la Croix. Les minorités sont exposées au complexe d’infériorité qui donne lieu à des réactions agressives, à une hypersensibilité à la question ethnique, à la méfiance instinctive et injuste. L’harmonie dans la convivence n’adviendra que si les minorités abandonnent la position de repli tactique pour s’ouvrir à un dialogue de vérité, sans complexe, dans la confiance. En définitive, le témoignage urgent que nos Églises et nos sociétés attendent aujourd’hui des consacrés est sans conteste celui de l’unité que pourraient rayonner des foyers de fraternité et de solidarité : «L’Église a réellement besoin de communautés fraternelles qui, par leur existence même, représentent une contribution à la nouvelle évangélisation, parce qu’elles montrent de façon concrète les fruits du ‘commandement nouveau’… Les personnes consacrées sont appelées à être des ferments de communion missionnaire dans l’Église universelle…» (VC 45 et 47). IV - Mission au MondeLa figure de la mission vis-à-vis du monde est d’abord celle des missionnaires et autochtones en solidarité dynamique. Composés, pour la plupart, de membres africains et d’expatriés, les Instituts missionnaires qui oeuvrent en Afrique sont appelés à réexaminer leurs rapports mutuels de confraternité et de collaboration dans la mission d’évangélisation. Missionnaires exogènesLes missionnaires qui nous viennent d’au-delà les océans et avec qui nous vivons et travaillons sont, pour moi, comme Jean-Baptiste dans son rôle de précurseur et de prophète. Il a préparé la voie à la venue du Royaume, il a désigné Jésus à ses disciples, il s’est ensuite effacé et a travaillé dans l’ombre jusqu’à sa mort tragique au cachot. Ceux et celles qui quittent tout pour venir vivre parmi nous et annoncer le Royaume avec nous poursuivent l’œuvre du Baptiste et sont, par conséquent, invités à méditer son exemple. Dans le travail missionnaire et la collaboration qu’ils assurent avec nous dans l’évangélisation, je retiendrai trois des aspects du personnage de Jean pour les leur appliquer: a- Refléter, témoigner.«Qu'êtes-vous allés contempler au désert? Un roseau agité par le vent? Alors qu'êtes-vous allés voir? Un homme vêtu de façon délicate? Mais ceux qui portent des habits délicats se trouvent dans les demeures des rois…» (Mt 11, 7sv.). Jésus décrit avec beaucoup de délicatesse l’identité de Jean en des images contrastées. Sa personne et son mode de vie sont déjà une prédication vivante. Il reflète, par son être extérieur en harmonie avec son option de vie intérieure, le message dont il est porteur pour son Peuple. Son style de vie annonce la couleur de sa mission de prophète. Le missionnaire envoyé pour la cause de l’Évangile évoque l’image de Jean envoyé en estafette. Il doit donc, comme lui, annoncer l’avènement du Royaume d’abord par son être même, son style de vie. Il veillera en conséquence à ne pas parasiter, diluer ou dissoudre son identité d’envoyé de Dieu, à ne pas la dénaturer ni la cacher sous le boisseau de l’orgueil culturel, de la sécularisation idéologique, des vagues dévastatrices de la mondialisation. Comme Jean, il affirmera et laissera transparaître son identité missionnaire et religieuse, toujours prêt à rendre compte de sa Mission et à répondre aux interrogations de son entourage: «Au nom de qui êtes-vous venus, de qui êtes-vous les porte-parole, les ambassadeurs, les envoyés?» Avec persévérance et constance, ténacité et obstination, les missionnaires œuvrant en Afrique auront à cœur de toujours affirmer sans ambiguïté ni compromission les Valeurs qu’ils sont venus annoncer et vivre. Que l’on voie en eux avant tout, non pas l’Espagnol, le Français, l’Italienne, la Canadienne, ou même le Blanc, mais prioritairement le religieux, le missionnaire, l’homme de Dieu, de l’Évangile; non pas principalement le développeur, le médecin, le professeur, le gestionnaire ou l’humanitaire, mais l’homme du Mystère chrétien, le disciple de Jésus, le témoin universel de l’Évangile et de l’Espérance pour les peuples. b- DésignerVoici l’Agneau de Dieu…C’est lui qui baptisera dans l’Esprit Saint…. Jean est le doigt qui désigne aux disciples et aux foules le Messie et le Sauveur en s’effaçant devant Lui. Comme Jean, le missionnaire venu d’ailleurs est un porte-parole et un chargé de mission. Son beau titre de missionnaire indique le but de sa présence en terre africaine : proclamer la Bonne Nouvelle du Salut en Jésus-Christ. Il n’aura donc de cesse de pointer en direction de l’étoile de Bethléem, de désigner l’Agneau-Sauveur. Toutes les activités et les œuvres du missionnaire seront inspirées et sous-tendues par la passion de l’annonce de Jésus- Christ, à l’instar de Paul qui s’écriait: «Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile!» (1Cor 9, 16). Le zèle de l’Amour des pauvres, caractéristique de l’Évangile et du projet des fondateurs, fait partie intégrante de cette annonce. La visibilité et la lisibilité des activités et des œuvres missionnaires (œuvres de bienfaisance, enseignement, centres professionnels, médicaux, ménagers ou de spiritualité, médias etc…) contribuent à asseoir la crédibilité du projet d’évangélisation. Lier la Foi et les œuvres («Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux» [Mt. 5, 16]) est un puissant moyen de désigner la Source et l’Auteur de tout bien. L’annonce explicite de l’Evangile par la Parole et par les œuvres demeure une tâche urgente du missionnaire aujourd’hui en Afrique. c- Promouvoir«Qu’il croisse et que moi je diminue…» disait Jean Baptiste à propos de Jésus. Le but de son annonce missionnaire est la révélation au Peuple de l’identité et de la pleine stature du Messie. Jean a assumé cette noble mission dans un esprit d’humilité: il n’est pas le Messie, mais seulement son annonciateur, son serviteur. Sa joie suprême est que Jésus croisse et sorte de l’ombre, afin que le Précurseur y entre et disparaisse. Jean n’a donc pas cherché à s’attacher les disciples qu’il a formés; il a préparé et éduqué les disciples et le Peuple pour les donner à Jésus. Comme Jean, le missionnaire est appelé à former et à éduquer des chrétiens, des disciples, pour les attacher solidement à Jésus. Sa joie est de pouvoir dire à son tour: «qu’ils croissent, et que moi je diminue…». Céder la place, céder du terrain, passer à l’ombre, tel est l’idéal que se donne le missionnaire qui travaille de toutes ses forces à préparer l’avenir, assurer la relève, consolider les acquis et provisionner pour les successeurs, passer progressivement la main. Promouvoir la relève, c’est accompagner, soutenir, en évitant d’acculer à des défis impossibles, de doubler, de gêner ou de contrer dans l’ombre les initiatives des membres africains de l’Institut. Au contraire, mettre sa joie à travailler de bon cœur à la réussite des successeurs: leur assurer moyens et ressources suffisantes pour continuité de la charge et la mission, en veillant à ne pas éclipser par l’expérience, le talent ou les relations le successeur africain. Résister à la tentation de personnaliser l’œuvre au point que le successeur est d’emblée handicapé par le type de relation que le prédécesseur entretenait avec la population. Que l’entourage ou les fidèles ne finissent pas par se constituer en clientèle obligée de tel ou tel père-providence. Promouvoir, c’est également faire bénéficier au successeur des réseaux d’aides et d’appuis que l’on a eu la chance ou l’ingéniosité de constituer pour le développement de la Mission. J’ajouterai à ces trois recommandations les remarques suivantes, faites sous forme de reproches souvent émis par les Africains: * Dans leur désir de se faire «Grecs avec les Grecs…et Africains avec les Africains», certains missionnaires auraient tendance à oublier que «le bâton jeté dans le marigot ne deviendra jamais un crocodile», et que, malgré la chaleur et le savoir accumulés au long de très nombreuses années, on reste à la racine ce qu’on est en profondeur. La mentalité colle à la peau. Il faut donc accepter de demeurer sous quelques rapports un étranger, avec la retenue et les frustrations que cela implique, et réviser à la baisse ses prétentions à connaître le milieu et les hommes mieux que les autochtones. Il est par définition difficile sinon impossible de jamais connaître ou sentir du dedans quand on vient d’ailleurs. La reconnaissance de ses limites et de son manque est la condition sine qua non pour authentiquement «être Africain avec les Africains». * Dans certaines circonstances douloureuses telles que les guerres, les rébellions et autres troubles sociaux, le missionnaire «extrait» manu militari par les forces armées des Grandes Puissances occidentales achève-t-il ainsi sa course? Le sentiment d’abandonner le bateau qui coule et de laisser à leur triste sort les confrères ou consœurs et le reste des ouailles suscite-t-il chez lui autre chose que des larmes d’impuissance et de regret? Quelle solution trouver dans le dilemme et le conflit des appartenances: à son pays, à l’Institut et à la Mission? Quelle option traduit le mieux la solidarité évangélique: rester? partir? revenir? Dans le feu des situations imprévisibles, il n’est pas aisé d’appliquer des décisions prises au préalable et à froid. Mais on peut se donner des principes et y être collectivement fidèle. Quitte à admettre des exceptions. Missionnaires autochtonesLes membres africains des Instituts de vie consacrée rencontrent également des situations susceptibles de provoquer des conflits ou d’engendrer des incompréhensions avec leurs frères exogènes. Ces difficultés se situent à trois niveaux: a- FamilleAu niveau de la famille, le reproche le plus souvent adressé aux Africains est l’attachement excessif dont ils font montre à l’égard de leurs familles, ce qui peut engendrer un manque de liberté et de recul dans le comportement et les prises de décision. Le n° 40 de Pentecôte d’Afrique est tout entier consacré au thème de la famille et ses incidences sur la vie consacrée. On y aborde certains des points qui touchent aux relations des consacrés avec leurs familles. La trop grande implication dans la vie des familles et l’ingérence de celles-ci dans les affaires de la communauté ou de l’Institut sont de nature à perturber l’engagement missionnaire et le pacte de solidarité fraternelle, brouillant à la longue l’authenticité évangélique de l’option religieuse. Un exemple suffira à illustrer ce délicat problème des relations avec la famille. Il s’agit de la manière dont nous concevons et pratiquons le vœu de pauvreté en y impliquant nos familles. Il semble en effet que nous ayons ouvert un chapitre nouveau dans la pratique de ce vœu et désormais, la question de l’aide à la famille fait partie intégrante du traité de ce vœu. Je trouve regrettable que nous ne puissions librement réfléchir sur notre engagement à la pauvreté volontaire sans nous sentir contraints d’agiter ce problème et d’aboutir finalement aux mêmes impasses et aux mêmes insatisfactions. Y aurait-t-il un vœu de pauvreté spécifique pour les Africains? Souvent nos justifications et nos arrangements en la matière deviennent une source d’incompréhension et de conflit avec nos collaborateurs non-africains. Sans éluder la question – il y a une donne africaine qui fait de la solidarité familiale une obligation inéluctable –, il est temps de réfléchir plus objectivement sur les exigences de la vocation missionnaire du consacré et les ruptures concrètes et “insensées” qu’elle impose, au nom de l’urgence et du radicalisme évangélique. Le fait que les Instituts se débrouillent chacun de son côté pour “assister” les familles nécessiteuses de leurs membres de façon ponctuelle ou permanente laisse la question entièrement ouverte et la solution toujours insatisfaisante. Quant à l’emprise de la famille sur le religieux africain, seuls l’exercice d’une solidarité critique et la traduction dans les faits des recommandations de Jésus (cf. Lc 9, 59-62) pourront éventuellement en desserrer l’étau. Les nouveaux liens que le consacré contracte à l’intérieur de l’Institut constituent un tremplin pour réviser et relativiser les solidarités de sang et de clan, solidarités parfois aveugles comme l’atteste ce dicton: «On ne refuse pas la sauce faite avec la viande de la chèvre volée par son frère» (Proverbe Ewé cité par Jean-Eric Agbobli dans P.A. 40, p. 52). Dans certains pays, des difficultés apparaissent lors du décès d’un consacré. La famille revendique des droits sur le corps, les obsèques, les biens personnels du mort. Il ne suffit pas d’affirmer à la face de la famille que le consacré appartient exclusivement à l’Institut, sa nouvelle famille. Il faut auparavant prendre des dispositions concrètes pour éviter les conflits post mortem: sensibilisation et information des familles par les consacrés eux-mêmes, dispositions testamentaires, etc. La pratique du rapatriement des corps par les Instituts est la porte ouverte aux pressions et même aux chantages les plus incongrus. Je crois de plus en plus nécessaire d’établir dans les directoires ou coutumiers des Instituts des dispositions consensuelles claires sur les décès et les obsèques. Cela évitera bien des désagréments et des conflits avec les familles. b- Autorité et pouvoirLe numéro 48 de la Revue Pentecôte d’Afrique (juin 2002) est tout entier consacré au «Religieux face à l’attrait du pouvoir et de l’argent». Les différents articles de ce Numéro mettent l’accent sur la difficulté pour le consacré dans le contexte actuel de l’Afrique d’éviter les écueils de l’enrichissement et de l’attachement excessif au pouvoir. D’une façon générale, nous semblons parfois trop pressés d’exercer l’autorité au sein de nos Instituts ou de nos Communautés, et quand nous en sommes investis, nous cédons facilement à la tentation d’en jouir comme d’un pouvoir qui nous garantit privilèges, honneurs et avantages de toute nature. Les pièges du pouvoir (ambition, autoritarisme, malversations etc…) ne guettent pas que les politiciens de nos pays. Il nous arrive de vouloir jouer aux «patrons» et aux «chefs» ! Dans nos sociétés où la soif du pouvoir conduit à toutes les manipulations, les consacrés africains ne seraient-ils pas appelés à rendre un témoignage particulier par la manière désintéressée dont ils exercent l’autorité religieuse dans un esprit d’abnégation et de service? La vie consacrée, où il n’y a pas de place pour une “chefferie” héréditaire ni pour une “présidence” arrachée à coup de campagne électorale, est le lieu par excellence d’une pratique nouvelle de l’autorité comme “diaconie”: «Pour vous, il n'en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert» (Lc 22, 26). Les chefs traditionnels avaient une haute conscience de leur responsabilité à la tête de leurs peuples, et étaient prêts à consentir tous les sacrifices, jusqu’au sacrifice suprême, pour assurer la sécurité de leurs sujets. Dans le contexte de l’Évangile, c’est la même disposition d’esprit, dans l’humilité et l’amour, que le Christ recommande à ses disciples investis en autorité: laver les pieds de leurs frères (Jn 13, 14-15) et donner leur vie par amour pour eux (Jn 15, 13). Les drames que constituent les changements de régimes ou le refus de l’alternance dans nos différents pays devraient nous inciter à résolument adopter cet esprit et cette pratique évangéliques des charges et offices qui nous échoient. c- Zèle missionnaire.Enfin on reproche parfois aux autochtones que nous sommes de manquer d’ardeur et de zèle missionnaires, de demeurer mentalement sédentaires en restant attachés à notre milieu d’origine, de ne point être tout à tous, mais de privilégier les gens de notre pays ou ethnie, de préférer le confort aux dures conditions de la mission aux pauvres. Mérité ou non, ce reproche constitue une vive interpellation pour que nous entrions de plein pied dans l’apprentissage de la vie missionnaire telle que Jésus la recommandait déjà à ses disciples en Mt 10 avec des consignes fermes d’austérité, de sacrifice, de don total de soi pour la cause du Royaume, de confiance et d’abandon à Dieu, de courage et de persévérance devant la persécution etc. Nous sommes les enfants de la Mission d’Afrique, appelés à devenir les ouvriers de la Mission au Monde. Au prix des plus grands renoncements. Ma conclusion, je l’emprunte à Mère Teresa de Calcutta qui a laissé une belle page à ses fils et filles envoyés en Mission auprès des pauvres du monde entier. Mon fils, Ma fille, L’homme est insensé, illogique, égocentrique: Cela n’a pas d’importance, aime-le! Si tu fais le bien, on t’attribuera des intentions égoïstes: Cela n’a pas d’importance, fais le bien! Si tu réalises tes objectifs, tu trouveras de faux amis et de vrais ennemis: Cela n’a pas d’importance, réalise-les! Le bien que tu fais sera oublié dès demain: Cela n’a pas d’importance, fais le bien! L’honnêteté et la sincérité te rendent vulnérable: Cela n’a pas d’importance, sois loyal et honnête! Ce que tu as mis des années pour construire peut être détruit en un instant: Cela n’a pas d’importance, construis-le! Si tu aides les gens, ils seront fâchés contre toi: Cela n’a pas d’importance, aide-les! Donne au monde le meilleur de toi-même et il te maltraitera: Cela n’a pas d’importance, donne le meilleur de toi-même!
[1] B.-M. Amoussou, in Pent. d’Afr. 20 (1995), p. 29. [2] B.-M. Amoussou, ibid., p. 27. [3] Instrumentum Laboris, 25.
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